9 mois donc. 9 mois déjà. 9 mois seulement. Une grossesse, finalement, ni plus, ni moins. 9 mois que je me suis engouffrée dans ce tunnel qui m’a conduite droit vers les pianos d’une cuisine.
Pas un de ces pianos que parcourent de leurs doigts longilignes et manucurés les musiciens, non. Un ce ceux que des bras à majorité masculine frottent tous les jours à la fin du service, après avoir nonchalamment jeté dessus cet acide qui dissout les graisses et, s’échappant avec la vapeur d’eau, brûle les yeux et les narines. Celui face auxquels ces cuisiniers en âge d’être mes étudiants d’hier ont déjà sué sang et eaux depuis des années, dans un effort continu d’apprentissage de l’art de maîtriser les flammes, la chaleur et le stress du coup de feu. Celui sur lequel ceux là ont appris leur métier en se brûlant, en sentant couler dans leur nuque, puis entre leurs omoplates des gouttes de sueur, le visage rougi d’être ainsi exposé à des chaleurs parfois proches de l’insoutenable.
9 mois pour renaître à moi dans une vraie cuisine. Pas celle que je connaissais jusque là. Celle dans laquelle l’on suffoque de chaleur hiver comme été, où la volonté et l’effort tannent le caractère de ces gars qui, du haut de leurs 20 et quelques années, ont déjà été burinés au fer d’une réalité que seule la passion, l’inconscience, peut être les deux, rend supportable.
9 mois écoulés depuis que la Vie m’a poussé à grands coups de pied dans le derrière vers l’excellence d’une cuisine étoilée parisienne, où, sans trop réfléchir, je n’ai pas fait le moindre des paris. Celui de tout découvrir, du jour au lendemain, sans autre transition. De tout quitter aussi. Ma vie de thésarde après avoir acquis l’âge de raison à noircir des pages et des pages. Famille, amis, appartement, en un mot, tous mes repères, pour mieux franchir le Rubicon. Non sans déposer les armes de la pensée pure pour empoigner celles de la passion, indispensables pour survivre à cette vie à cent à l’heure, où tout se vit dans l’intensité, joie comme douleur.
Même après neuf mois, je ne saurais toujours pas vous dire ce qui m’a permis de franchir le cap. Quoi qu’il en soit, une main vaillante et déterminée m’a conduite, me sortant de force du brouillard épais dans lequel je naviguais en extrême solitude, pour me catapulter droit au cœur du fourmillement d’une brigade, avec cette certitude qu’il était temps, à présent.
Quitter ainsi la solitude de mon bureau pour intégrer une brigade d’une dizaine d’hommes, agrémentée parfois de quelques femmes, m’observant d’un coin de l’œil d’abord mi-sauvage, mi-méfiant, de voir débarquer cette « vieille » fille de 32 ans, sur-diplômée, ayant quitté son cocon douillet pour choisir de vivre à leur côté des journées sans fin, où chaque geste sûr s’apprend à grands coups d’échecs, de sarcasmes, parfois d’engueulades, et où toutes les victoires se savourent comme un nectar divin. Les sentir m’observer passer des journées à me heurter à toutes mes lacunes, à chaque pas, à chaque découverte, sur un corps d’abord largement dépassé par les efforts que suppose le fait de tenir, tant physiquement que mentalement, ces quatorze heures debout à courir en tout sens, fouetter, couper, porter des casseroles géantes. Et pourtant…
Rayonner de joie, ressentir dès la première seconde la certitude que l’on est enfin au bon endroit, au bon moment. Sentir au plus profond de soi la joie extatique que procure cette immersion dans un monde aux règles totalement différentes de celles jamais rencontrées jusque là. Un univers où l’on n’a guère le temps de reprendre son souffle, encore moins celui de réfléchir au pourquoi du comment, tant l’on doit sans cesse se dépasser, réagir, s’adapter, apprendre. Surtout un lieu magique où les êtres semblent tous illuminés par cette douce folie qui les rend si humains, généreux, passionnés, vivants, évolutifs, surprenants.
Point de personne que je ne croise depuis qui ne me dise combien j’ai changé, à quel point la lumière qui sommeillait bien loin à l’intérieur éclaire à présent chacun de mes pas. C’est en toute humilité que je l’affirme ici, car, après avoir souffert tant d’années à me construire à contre-courant, j’ai enfin trouvé mon cap. Et celui-ci est à l’Ouest, plus que jamais. Mais revenons au commencement, si vous le voulez bien.
23 mai 2011, 18h30. Dès le premier instant, être baptisée d’une toque et d’une veste de cuisine immense, et catapultée, sans autre préalable, dans un monde dont on ne comprend encore aucun des codes. Dont on ressent juste l’incroyable énergie qui se libère au moment où l’un d’eux prononce « ça rentre ! » et où tout un chacun entre tout à coup en scène. Concentration, effervescence, bruit, les mots sont faibles pour exprimer ce que l’on ressent à cet instant précis. Ne pas toucher terre, tenter tant bien que mal de comprendre où positionner son corps qui, en dépit de son petit gabarit, semble tout simplement énorme dans cet univers où évoluent dans une danse incessante plus d’une dizaine de personnes
-« CHAUD ! »
-« DERRIÈRE ! »
-« Un bar de deux, Clément, où sont les garnitures ? »
-« Combien de temps ? ».
Se caler dans un coin dont on sera très vite délogé pour laisser passer une poêle géante, crépitant encore de son beurre brûlant, et observer ces êtres mus par leur énergie, le devoir ou la passion, selon. Se sentir tout à coup déconnectée, lessivée d’être ainsi debout dans cette chaleur harassante, assourdie par le bruit incessant, fascinée, tout autant. Sentir dès le premier instant que l’on est juste au bon endroit, à défaut de savoir comment y évoluer.
-« Olivia, tu dors ? tu es venue pour dormir ? tu veux un oreiller, ou tu nous cuis cette sole ? »
Je sors de ma torpeur, sans trop comprendre, je me sens poussée vers le grand piano, le japonais qui officie au poisson me tend la cuillère pour arroser la sole. Je me tiens à ses côtés, et observe du mieux que je peux le geste que lui réalise apparemment sans l’ombre d’une difficulté. Je me lance à mon tour.
-« Mais bouge moi cette main, plus vite la cuillère, arrose moi cette sole, bon sang, plus vite ! On a dit la sole, pas le piano ! »
Je sens la chaleur proche de me terrasser. Sous ma veste de cuisine il fait au moins 60 ! Et ma main, cette coquine, se dérobe à ma volonté, j’ai beau tenter de reproduire ce geste apparemment si simple, rien n’y fait. Ma main est si lente, elle devient de plus en plus rouge au fur et à mesure que les minutes passent, si proche de la flamme du piano.
-« Olivia ! La cuillère, on arrose, allez ! »
Si seulement elle pouvait bien m’obéir ! Mais que voulez vous, elle sort à peine d’années de pénitence à seulement taper sur un ordinateur, comment voulez-vous ? Je ne moufte mot et tente d’accélérer dans un mouvement totalement désordonné, le beurre atterrit partout sauf sur la sole.
Je finis par rendre les armes et la sole au Japonais, qui, dans un sourire à peine esquissé devant mon air dépité et un peu gêné de ne pas avoir su, reprend son rythme de croisière pour finir de la dorer au beurre noisette.
-« Alors, on se réveille ou on reprend sa sieste ? »
Le chef est hilare, je suis perdue. Je veux juste moi aussi, un jour, être capable d’entrer dans cette danse. Savoir ce que signifient ces codes auxquels je ne comprends rien et qui suffisent à permettre en quelques mots à toute la brigade de suivre ce chef d’orchestre tout au long de cette soirée qui n’en finit plus de s’étendre.
23 :30. Je me change à la va-vite dans la douche qui sert de vestiaire aux filles, avant de sentir, dans un soulagement immense, l’air à peine frais d’un soir d’été à Paris balayer mon visage. Avant de m’engouffrer dans le métro, je m’arrête un instant, pour allumer une cigarette. Les yeux perdus un instant dans la tour Eiffel qui s’illumine pour célébrer le début d’une nouvelle heure, je réalise soudain que je suis parisienne, et vis ma passion pour la première fois de ma vie à quelques jours à peine du jour où je vais célébrer mes 32 ans. Un fou-rire m’envahit. Je me sens vivante comme jamais, comme celle qui a cru un instant que sa vie était tracée et réalise soudain qu’elle a déjoué le destin.
Cette première soirée est restée gravée précisément dans ma mémoire. Les jours et semaines d’après le sont moins précisément. Pourtant une foule d’anecdotes me reviennent si je ferme un instant les yeux pour y repenser. Ces premières semaines où chaque instant était l’occasion de me confronter à mon ignorance de tout. Ce langage que rien ne m’avait préparé à comprendre.
-« Olivia, mets moi une chauffante là » et, face à mon air ahuri,
- « Vas chercher une russe, tu la remplis d’eau » et moi de partir en quête d’une russe dont j’ignore tout.
-« Olivia, une plaque à débarrasser »
- « Mais non, c’est une plaque à pâtisserie ! »
Passer son temps à sourire, pour compenser ses lacunes, et à rire de ses propres inconséquences. Ne pas paniquer, en sentant que la totalité des casseroles sont en train de se faire la malle, alors que l’on souhaitait juste en saisir une. Les maintenir du mieux possible et du bout des doigts, en équilibre précaire sur la pointe des pieds, avant de renoncer à lutter contre une loi de la pesanteur qui ne saurait être vaincue par mes faibles petits bras. Affronter le regard du chef, se retournant brusquement en entendant la cacophonie de la chute à 8h30 le matin, et sourire, pour éviter les réprimandes…. Bénir alors le ciel d’être une fille !
Découvrir que chaque geste doit être précis, rapide, efficace. Ne pas comprendre, recommencer, se faire malmener, secouer, interroger, tester. Passer des garnitures au garde manger, du garde manger à la pâtisserie, de la pâtisserie au poisson. Comprendre qu’à chaque faute d’inattention, la conséquence est immédiate. Que verser une soupe de poissons brûlante dans un chinois à piston tenu à même l’objet brûle immédiatement, sans que l’on puisse rien faire d’autre que serrer les dents et verser la soupe brûlante dans les pots à bouillabaisse avant d’enfin pouvoir remettre l’objet sur son socle, et constater, face à une main homard, que la brulure est bien présente.
Lever son premier saumon , suivant pas à pas les conseils du Chef qui parle de ce poisson comme s’il s’agissait du corps d’une femme
-« Regarde, comprends son anatomie, fais corps avec ton couteau, et méfie toi de la lame, Olivia ! Tes doigts bon sang ! Tu vas en perdre deux si tu continues comme ça ! ».
Découvrir au fil des matins de nouvelles parcelles du puzzle qui va permettre de peu à peu comprendre comment ça fonctionne et pourquoi. Passer des journées debout, de 7h le matin à 1h le matin suivant. Ne plus compter les heures, être totalement décalée, sentir que, parfois, le cerveau ne suit plus face à la masse d’informations à retenir quotidiennement. Être confrontée à ces hommes qui trouvent tout évident et logique et que mes erreurs et oublis sidèrent
« En fait, tu n’as pas de cerveau, Olivia, tu nous as menti, tu n’as pas fait d’études, c’est ça ? » on me chambre, me chahute, et je sais que c’est le prix à payer pour entrer peu à peu dans la brigade. Je prends du recul en dépit de la fatigue et de mes doutes qui se réveillent « Et si ? et si je n’avais pas la capacité d’y arriver ? »
Chaque soir, je m’assieds devant la fenêtre ouverte sur cour pour observer la nuit et faire le point. Me rassurer en me disant que chaque jour je fais un peu moins d’erreur que la veille, et, inlassablement, essayer de comprendre pourquoi j’en fais encore autant, je gribouille sur mon carnet des notes en vrac, allant de la recette de la soupe de poissons à la décoration d’une assiette, pour ne rien oublier lorsqu’on me dira « Olivia, un croustillant, un tartare de dorade ! ».
Certains soirs, lorsque le restaurant est un peu moins plein, je subis un bizutage en règles :
-« Olivia, qu’est-ce que c’est le safran ? Comment s’appelle cette fleur ? et d’où vient le vinaigre balsamique ? Et la vanille, tu la connais l’histoire de la vanille ? »
Je découvre cette adrénaline du coup de feu, celle que l’on ressent quand retentit le bruit de la machine qui publie les bons qui s’enchaînent et que le chef entonne ses codes que maintenant l’on comprend.
- » A suivre, un bar de deux, une cocotte lutée de homard, une dorade »
- « Oui chef ! »
-« un carpaccio, deux soupes de poissons, un croustillant sur deux assiettes »
- « Oui chef ! »
Je cours au sous-sol, chercher dans les chambres froides dont je maîtrise à présent l’agencement les produits de dernière minute, ou les recharges lorsque les clients remplissent le restaurant au-delà des réservations. J’apprends à faire face à la pression, à la chaleur, à me concentrer en dépit du bruit, à « taper dedans » comme ils disent. Les heures filent parfois sans que même je trouve un instant pour boire. Je comprends dans la douleur qu’il va me falloir apprendre à manger même sans faim à 17h30 avant d’entamer le service pour tenir le choc jusqu’à 23 heures dans le meilleur des cas, le plus souvent minuit, sans faiblir, et donner tout ce que j’ai d’énergie jusqu’au nettoyage qui suppose là encore de tout comprendre et d’agir vite.
Finir son stage fin juillet, aussi éreintée que passionnée, les mains couvertes de coupures, les bras constellés de brûlures, dans une euphorie et une légèreté jamais ressentie depuis des années, en promettant de revenir en septembre, pour recommencer. Partir en vacances, enfin des vraies, sans l’ombre d’une pensée en tête hormis celle de se reposer, enfin, car on l’a tant mérité!
Revenir en septembre et obtenir une place attitrée, au Garde manger. Là où, dans une cuisine, l’on dresse le froid, les amuses-bouches, les entrées. Apprendre alors la gestion d’un poste, sur le long terme, découvrir le travail d’une carte qui évolue au fil des arrivages, des saisons, des envies et idées. S’émerveiller au réveil devant l’arrivée d’un requin, d’un perroquet, d’une dorade marbrée. Apprendre à discerner, après moult erreurs, certains poissons rares. Et continuer à apprendre tous les jours à gérer la fatigue, les humeurs et remises en question de chacun. Continuer, mois après mois, à progresser, travailler avec les gars de la brigade pour passer mon CAP en candidat libre en juin. Et se réveiller certains matins en se disant que quelle que soit la fatigue, les courbatures et les coups au moral, l’on avance pas à pas, aussi légère que vivante.
]]>Tout a commencé … par un échec, une incapacité, au fond, appelez ça comme vous voulez. Une overdose telle qu’elle ne laisse rien subsister sur son passage, hormis désespoir de ne plus pouvoir, incompréhension, une angoisse abyssale aussi. La chose apparaissait pourtant acquise, pliée même : une intro, une conclusion, un chapitre à remanier. Après 1500 pages écrites en 7 ans et demi, pas la mer à boire, tout au plus la dernière gorgée. Et pourtant…. Incapable. Insurmontable. Tout. D’abandonner si proche de la ligne d’arrivée, de finir pour soutenir quelque chose qui n’a plus l’ombre d’un sens et n’engendre plus que de la souffrance. Être à ce carrefour de la vie où aucune voie ne semble la bonne car elle ramène toujours à l’obstacle insurmontable.
Se perdre, de longs jours durant. Ne plus dormir que quelques heures depuis des semaines. Se réveiller en sueur en se disant que si, il va falloir y arriver, que quoi qu’il arrive, il n’existe plus de choix. Retomber…
Inquiéter ses proches qui ne savent plus même quoi dire, en penser, encore moins conseiller. Les voir veiller patiemment, et savoir qu’on gâche sa vie et la leur, aussi sûrement que les jours s’égrennent lentement dans le non sens.
12 avril 2011. Se réveiller un beau matin, et voir clair enfin. Savoir qu’on a besoin d’une rencontre, ou d’un rappel, car la rencontre a déjà eu lieu, quelques années auparavant. Et qu’il est vraiment temps, à présent. Faire confiance enfin à son destin et foncer dans une voiture au petit matin. Prendre la route de la Capitale, le cœur palpitant de celle qui pressent que ce jour va être Important.
Rentrer en sachant que l’on a enfin pris la voie de l’évidence, et qu’il est déjà trop tard pour faire marche arrière, se laisser lentement glisser, telle Alice dans le terrier, en renonçant à ses repères et se laissant porter par la féérie d’une réalité où tout devient un peu fou.
15 avril. Observer la magie opérer. Le sommeil revenir. L’envie éveiller au petit matin une boule d’énergie dans le fond du corps, bondir vers la vie sans même penser aux conséquences, avancer le cœur léger, pour la première fois depuis une éternité. Surtout ne plus penser au vide, entrer dans la danse, et se dire que l’on aura bien le temps de réfléchir après.
27 avril. Nouveau départ pour Paris. La Foire m’y attend cette fois. Débarquer à la nuit tombante place du Trocadéro chez une improbable amie de famille, jamais rencontrée et qui a accepté de m’accueillir, avec ma valise sur le dos. Dormir aussi vite que possible, sans se projeter. Juste le temps de penser que la journée va être longue demain, et que l’on est tellement heureux car tout est à découvrir.
28 avril. Débarquer au petit matin Porte de Versailles, retrouver des gens jamais croisés, mais qui vont me faire sentir des leurs en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Avoir quelques minutes pour trouver ses marques, comprendre ce qu’il va falloir faire durant ces longues heures, et se lancer. Passer une journée à cuisiner, à rigoler, à parler de choses et de produits que l’on vient soi-même de découvrir, avec la confiance apparente de celle qui sait. Rentrer fourbue et retrouver cette improbable dame au grand âge qui ne se souvient déjà plus qu’on a fait connaissance la veille. Dormir, profondément.
Se réveiller au petit matin et repartir vers de nouvelles aventures et un concours chez Lenôtre, dont je vous ai déjà parlé... Le remporter dans un sourire et se dire que oui, définitivement, à présent tout est possible!
Finir cette parenthèse parisienne par deux nouveaux jours à la foire de Paris, cette fois le coeur entièrement léger des amitiés déjà tissées entre deux coups de maryse et un de fouet. Avoir cette impression que cette fois, on est enfin à sa place qui, fût-elle précaire, a l’immense mérite d’exister.
….
La suite au prochain épisode!!
Et pour finir sur quelques propos qui en intéresseront certains, voici la liste des personnes qui m’accueilleront au Pré Catelan demain:
Bien sûr, ma grande potine Véronica. Puis, Stéphanie, Le Prince, Dominique, Frede, Aalex, Knifeman, Gurney, Beditelagourmande, Galiouchka, et Sylvain, arrivé pile poil à temps pour le tirage au sort!
Je vous remercie tous et toutes pour vos commentaires et j’espère que ceux que je ne peux emmener avec moi ne m’en voudront pas trop!
]]>Tout a commencé par une invitation lancée par Arnault et Lucia, me proposant de participer à un atelier Alsa-Lenôtre, auquel je devais venir accompagnée.
Pour être tout à fait honnête, la dernière fois que j’avais manipulé des préparations Alsa, je ne devais pas même avoir dix ans, et c’était pour réaliser des éclairs au chocolat…. J’en avais gardé un souvenir pathétique, et je ne saurais trop vous dire au juste si la déception que m’avait procuré cette expérience était due à mes faibles capacités de cuisinière d’alors ou à la médiocrité du produit. Depuis, je n’avais bien sûr cessé de croiser la plus que célèbre marque dans les supermarchés, et sans jamais y consacrer plus d’un rapide regard. Limite dédaigneux, du style « mais comment peut-on acheter ce type de préparation insipide quand il est possible de faire si vite les choses soi-même? » (oui, la Turtle a parfois des idées bien arrêtées sur les choses…!)
Je partais donc avec un certain apriori, si ce n’est un apriori certain ! Mais il est des expériences qui ne se refusent pas et lorsqu’il s’agit de rencontrer des personnes passionnées et passionnantes, je suis la dernière à bouder mon plaisir. En outre, savoir que les pâtissiers de chez Lenôtre avaient participé à la réalisation de ces produits m’interpellait : se pouvait-il qu’ils aient réussi à donner un véritable goût de pâtisserie Home-made à des poudres lyophilisées? J’étais impatiente de le découvrir. Enfin, dernier argument-choc : j’adore m’amuser et plus encore découvrir en m’amusant, et cet atelier était l’occasion de tester et d’apprendre en compagnie de grands chefs. Bref, autant d’éléments me poussant inexorablement sur la voie de l’enthousiasme!
Il ne m’a pas fallu tellement plus de trente secondes et demi pour convaincre ma potine Véronica de se joindre à moi. Alliée de taille, quand il s’agit de manier le fouet, la maryse et le chocolat ; on a les amies qu’on mérite, is’nt it?
Après nous être retrouvées quelques minutes avant place du Trocadéro (j’aime ce Paris où toutes les trente secondes, on croise les lieux mythiques), nous avons déboulé comme deux fleurs provinciales dans le magnifique pavillon Elysée Lenôtre.
J’avoue que peu habituée à me rendre dans ce genre de lieux d’exception, j’en prends toujours plein les mirettes quand il m’est ainsi offert d’y entrer.
Les unes arrivant après les autres, très vite, le plaisir de retrouver de vieilles connaissances et de papoter comme à chaque fois , de tout et de rien et surtout de tout le reste.
Alors que nous étions quand même fort dissipés, entre le chef Prochasson, homme qui, outre son ô combien respectable titre de MOF (meilleur ouvrier de France pour ceux qui n’auraient pas de master ès cuisine), s’avère être d’une gentillesse palpable. Il nous présente durant quelques instants les deux desserts à réaliser à l’aide des tous nouveaux kits Alsa : un royal et un fraisier.
et voici notre fraisier (trop fière!!)
Jusque là, tout va bien, car sans être un as de la pâtisserie, j’ai quelques années d’expérience et je me rassure en me disant qu’étant faits pour « tout un chacun », nous devrions arriver à nous dépatouiller !
Nous nous retrouvons alors dans les cuisines où nous attendent nos kits et tout le matériel approprié pour réaliser les recettes.
D’entrée, avec ma bonne Véro, nous sommes aux anges: entourées de nos amies, nous avons en plus la chance d’avoir à nos côtés le chef Fabrice Prochasson, permettant ainsi de nouer un contact très direct avec lui : trop de bonheur !
La réalisation du fraisier et du royal au chocolat s’est avérée être à la fois facile et amusante, et en une heure et demi environ nous avions à notre actif deux très jolis desserts, dont j’aurais pu sans rougir prétendre qu’ils étaient entièrement « faits maison »
Et voici nos « œuvres » :
Après l’effort… le buffet nous attend à l’étage, nous dégustons quantité de petits fours, verrines et autres petites bouchées apéritives, avant de finir par la dégustation de … fraisier et royal au chocolat : what a surprise ! à la dégustation, les deux s’avèrent être honnêtement très bons, même si j’ai eu une nette préférence pour le fraisier, dont la saveur vanillée est tout simplement bluffante.
Une fois largement nourris nous voyons apparaître nos petites réalisations sur la grande table : c’est déjà l’heure du verdict… ou en tout les cas des délibérations…. Lesquelles vont se poursuivre de longues minutes et même nécessiter l’intervention d’un troisième chef appelé à la rescousse pour la délibération finale ! Il faut dire que l’enjeu est de taille puisque l’heureuse équipe gagnante pourra se régaler d’un repas au Pré Catelan à partager avec 10 lecteurs! Et c’est avec une grande surprise et une profonde fierté que nous apprenons le verdict : Véronique et moi avons gagné! Largement félicitées par nos amis bloggeurs, nous sommes tout simplement euphoriques ! Alors que le Chef Prochasson se prête à une dernière séance de dédicaces, nous repartons avec nos gâteaux, comblées et en ayant encore du mal à réaliser que nous avons remporté un tel lot… Trop heureuses!
Veronica et Dorian
Puisque j’ai eu la chance de gagner, il me revient de proposer à ceux et celles d’entre vous qui voudraient participer à ce déjeuner au pré Catelan de laisser des commentaires sur ce billet. Ensuite, je tirerai au sort les gagnants.
Sachez que ce dernier aura lieu le vendredi 17 juin à midi, à Paris, donc ne participez que si êtes sûrs de pouvoir vous y rendre ! à bientôt!
Nos deux gâteaux récompensés
Pour d’autres photos de l’évènement, je vous invite à suivre ce lien, où vous pourrez observer tous les bloggeurs en action: ici l’album photo alsa
Il ne me reste plus qu’à remercier chaleureusement l’équipe des chefs de Chez Lenôtre et l’équipe Alsa pour ce très agréable atelier et ce prix fabuleux, dont je ne manquerai pas de vous parler!
Reprendre le fil de l’histoire n’a pourtant rien d’évident pour moi. Cette impression que je ne sais plus trop comment faire, pour laisser à nouveau libre cours à mes pensées, après des mois d’absence, entrecoupés de trop rares passages ici où je passais la tête lourde. Alors pour ce premier pas je ne serai pas trop longue (une fois n’est pas coutume!). Juste l’occasion pour moi de vous annoncer deux évènements de cette fin de semaine, dont l’arrivée me réjouit tout particulièrement.
Tout d’abord, une invitation que j’ai eu l’immense plaisir d’accepter car elle tombait à point nommé : il s’agit pour moi de participer à un atelier Alsa-Lenotre, vendredi prochain, à l’occasion duquel je vais avoir la chance de rencontrer Fabrice Prochasson. J’aurai ainsi la chance de relever un défi, avec ma fidèle amie Véro, entourée d’autres bloggeurs, et s’il nous est donné la chance de remporter le défi (sait-on jamais
!), les lecteurs de ce blog auront aussi la possibilité de remporter un prix!
Ensuite, je serai présente à la Foire de Paris jeudi toute la journée. Je ne sais encore quel sera le lieu où se tiendra le stand auquel je participe, mais j’avoue que je suis particulièrement heureuse de découvrir à cette occasion un évènement d’une telle ampleur et de l’intérieur, grâce à Stéphanie, qui m’a conviée à intégrer sa fine équipe le temps d’une journée !
Bien entendu, je compte bien vous faire un compte rendu détaillé de tout ce qui se passera au cours de ces quelques jours! à très bientôt, donc pour de nouvelles recettes et aventures!
]]>Sans que cela relève pour autant du fétichisme, je trouve que le Réveillon est l’occasion d’une aération nécessaire au milieu de l’hiver. Un trait d’union entre deux années que j’aime célébrer. Bien sûr, à chacun de trouver sa manière de s’aérer ou de célébrer, parfois avec trois fois rien et peu de monde, car là n’est pas l’essentiel, ce moment où l’on peut se laisser aller à penser l’avenir différemment.
En ce qui me concerne, cette année, comme l’an passé, l’année d’avant et (quelques fois) auparavant, j’ai chaussé mes bottes de sept lieues, franchi des kilomètres et des kilomètres pour arriver juste là….
D’aucuns se diront certainement qu’à force, ça manque un poil d’originalité, comme itinéraire…
Certes…
Mais que voulez vous… elle est aussi enivrante et irrésistible qu’une histoire d’amour la relation que je noue avec cette Bretagne là, tripale. Sournoise aussi…
Début décembre, les mouettes viennent déjà me tenir compagnie la nuit, tandis que je me rêve escaladant des rochers qui, en dépit de leur couleur rose engageante, sont aussi immenses, glissants et dangereux que dans mon enfance, mue par la même idée fixe : atteindre le sommet. Alors, toute en vertiges et vacillante sous la force d’un vent hivernal qui harasse mon visage de son piquant, fouettant une par une les cellules de mon corps d’un mélange d’embruns et de sable pour mieux laisser sur mes joues un rouge nacré d’eau de mer et tester mon sens de l’équilibre (à toutes fins utiles, je précise que ce genre d’aventure n’arrive plus guère dans la vraie vie, dans laquelle je ne pratique plus qu’épisodiquement et avec la retenue de l’âge de raison breton l’escalade bigouden), je découvre, de ce point de vue imprenable, l’immensité d’une mer s’étendant à perte de vue, seulement grignotée par les îles… Ainsi, de manière d’abord indicible, la Bretagne instille en moi ce manque qui va devenir aussi violent que la manche est humide sous mes lourdes bottes d’hiver où se colle à l’envi son sable gris foncé auquel des journées trop courtes et trop humides ne laissent plus l’opportunité de sécher…. Il déploie sa force, d’abord subtilement, avant de parvenir doucement jusqu’à la conscience, pour se muer en projet qui permette d’assouvir celle qui sera déjà devenue envie irrépressible.
Peut être certains me rétorqueront qu’il n’y a là qu’un réflexe de Pavlov, entretenu par le fait que je passe là bas de longs étés…
Peut être…
Quoi qu’il en soit, cette année, l’excursion n’était pas prévue. Un hiver blanc dès le mois de novembre nous poussait davantage vers les sommets enneigés, en bons lyonnais que nous sommes, que vers les falaises bretonnes, même couvertes de gel et de neige. J’en avais même fait mon deuil, me consolant du souvenir que j’avais profité tout mon saoul de l’eau glacée et salée de cette manche là durant l’été. Mais c’était sans compter un soudain abandon de l’air montagnard au profit d’un plus économe et moins éloigné réveillon lyonnais pointant son nez à l’improviste qui n’avait à mes yeux que trop peu d’attraits. A tout le moins pas assez pour rivaliser avec l’envie de retrouver les plus fidèles, venus d’un peu partout célébrer la nouvelle année sous la lumière d’un soleil d’ hiver rendant la mer encore plus changeante et gracile, si touchante, ainsi délaissée des cohortes humaines de l’été.
Alors, lorsque d’abord 2, puis 5 amis lyonnais ont émis le souhait de prendre la route vers ce grand Ouest, il n’a pas fallu tellement plus de 5 minutes pour que la furieuse envie balaye tout sur son passage, notamment la culpabilité d’abandonner une partie de la fidèle team réveillonesque qui, il y a deux ans, foulait avec moi les pistes bretonnes (bien plus tendance que leurs cousines montagnardes, et tout aussi risquées, car l’on y monte généralement que lorsque le taux d’alcoolémie avoisine la moyenne bretonne, laquelle, comme tout le monde sait, n’est pas tout à fait la moyenne nationale). Perdant dans la bataille un comparse de taille, ma P’tite Caille, avec lequel j’avais toujours organisé les réveillons bretons ces dernières années, ce n’est pas sans un certain pincement au cœur que j’ai embarqué avec ma petite troupe pour 6 jours là bas…
Partis de nuit, dans l’espoir un tantinet utopique de gagner ainsi une demi-journée au moins sur place, nous avons débarqué au tout tout petit matin dans une Bretagne plus fraîche qu’à l’accoutumée et un appartement au béton un poil trop épais pour s’être réchauffé suffisamment… Gelée la Turtle, éreintée, après une nuit passée sans dormir une seconde, par solidarité plus que nécessité, mes deux copilotes-gentlemen m’ayant laissée en mode passager. Incapable de fermer l’œil plus d’une heure ce matin là, tant l’excitation du voyage, de l’arrivée intempestive au milieu de la nuit et l’euphorie suscitée par la perspective de ces quelques jours volés étaient fortes.
Retrouver alors une Bretagne baignée par cette lumière hivernale que nul été n’offre. S’émerveiller devant l’ingéniosité de cieux laissant filtrer, au travers de nuages bas, de parfaites nuances moirées, reflétées par une mer magistralement calme par morte-eau.
Vivre au rythme de journées raccourcies nous récompensant toujours de quelques heures de soleil, se balader de longues heures. Découvrir, émerveillés, une végétation aux couleurs automnales faisant rejaillir la pierre avec force contraste, rigoler devant l’euphorie enfantine suscitée par l’escalade de mes roches rosées préférées chez ces grands gaillards comme échoués de la ville.
Rentrer juste ce qu’il faut frigorifiés pour profiter davantage de flambées de cheminées faisant exploser en quelques jours à peine la provision paternelle… Jouer alors de longues heures devant le feu-récompense, ou remonter le cours nos vies autour de verres de l’amitié se vidant plus vite que naissait l’envie d’aller enfin trouver un peu de repos. Enchaîner des repas imaginés par une Turtle bien décidée à apprendre à ce club des 6 -à haute teneur masculine- le roulage de nems de canard confit, le triangulage de feuilles de bricks aux épinards et l’emballotage de cannelonnis de poissons cuits à la vapeur, la blanquette vanillée des Soeurs Scotto et autres tartares de saumon aux deux agrumes et coriandre fraîche…
Quatre jours passés aussi vite que la marée monte les jours de tempête, à profiter de chacun de ces plaisirs simples, dans une joie de vivre communicative.
Voir déjà débarquer le jour fatidique où il est temps de rendre à contrecœur aux terres lyonnaises trois des membres du club des 6, pour mieux à se joindre , avec les 2 renégats qui, à ma suite, avaient boudé le classicisme d’un réveillon lyonnais, aux amis d’enfance et autres cousins, fraichement débarqués pour célébrer ce 31 décembre…
Nul besoin de longs discours pour vous expliquer que la nuit n’a pas été assez longue pour épuiser les vaillants bretons, de cœur ou d’adoption, tous réunis dans une maison à fleur de mer, lieu ô combien parfait pour célébrer dans une euphorie certaine la naissance de cette nouvelle année…
31 décembre 2010 … une page se referme, une nouvelle s’ouvre.
Danser sans voir l’heure tourner, réaliser tout à coup qu’il est plus que temps de retrouver au milieu de la nuit l’ambiance unique de l’un de ces lieux que l’on foule depuis des années, et où l’on retrouve tous ceux qui, comme nous, ont choisi l’ambiance si particulière d’un réveillon breton. Finir au petit matin, hilares de rire et de fatigue. Prendre le chemin du retour en se félicitant d’avoir pu danser sans mollir, en dépit de l’âge grandissant, durant plus de huit heures… s’effondrer à bout de forces dans son lit, pour quelques heures à peine.
Se réveiller en début d’après midi et tenter de se remémorer, à l’aide de bribes de souvenirs vaporeux, la soirée de la veille, affalés dans les canapés devant une énième flambée salutaire. Se remotiver une dernière fois pour terminer l’excursion bretonne par un de ces lendemains de fête où l’on retrouve dans la grande maison les fêtards de la veille, émergeant tels les bouquets bretons en grappe de la trop courte nuit, pour partager des spaghettis à la bolognaise-maison, avant de finir -pour ceux dont l’estomac était encore fidèlement accroché- les restes de la bûche du Réveillon apportée la veille par une certaine Turtle…
La bûche de fin d’année, un défi incontournable pour moi, depuis près de 5 ans… Lorsque j’ai commencé à réfléchir à celle que j’allais réaliser cette année, j’étais encore dans les vapeurs de Soissons et de ses sablés bretons au caramel au beurre salé. De là à faire une bûche totalement réinterprétée à partir d’eux … il n’y avait qu’un pas que je n’ai finalement pas totalement franchi. Je ne sentais pas vraiment l’ajout de pommes dans une bûche qui, dans ma famille doit être a priori chocolatée, marronée, vanillée tout au plus, pour emporter la conviction familiale. Je leur avais déjà passablement relooké le concept du buffet salé du 24 décembre au soir et par expérience, je sais que point trop n’en faut. Bref, sûrement l’an prochain je me lancerai dans les fruits, mais pas cette année…
Jusque là, j’avais toujours réalisé des bûches à l’aide de plats à cake, comme en 2008 ou en 2007. Mais cette année, grosse innovation… j’ai opté pour la bûche roulée, alors même que le biscuit roulé me fichait une trouille d’enfer (résultat d’un traumatisme d’enfance où j’avais tenté une fois ou deux le fameux roulé à la confiture et vécu de cuisantes déconfitures…).
Je n’ai ainsi franchi le cap de la bûche roulée qu’en raison d’une conversation avec ma grande Potine Véro, m’ayant remontré sa terriblement appétissante bûche de l’an passé. Ni une ni deux, le concept était adopté, restait plus qu’à la réadapter à mes saveurs bretonnes en piquant chez Mercotte un insert au caramel au beurre salé, et à laisser parler mon imagination pour la confection du glaçage au caramel au beurre salé et pour l’ajout dernière minute d’un praliné feuilleté pour ajouter du croustillant au tout…
Oui, indéniablement, de belles inspirations qui ne pouvaient que parfaitement s’allier pour aboutir à cette rien moins que fabuleuse…
Bûche roulée mousseline vanille, cœur caramel au beurre salé sur sablé breton croustillant praliné !
Ingrédients (pour 12 à 20 personnes… en fonction de l’appétit et/ou la gourmandise) :
Pour la pâte sablée :
Pour le croustillant praliné:
Pour l’insert au caramel au beurre salé:
Pour la crème mousseline parfumée à la vanille :
Pour le biscuit à la cuillère :
Pour le Glaçage au caramel au beurre salé (J’avoue que j’ai reconstitué de tête les proportions de mon glaçage, car les deux fois, je l’ai réalisé en urgence et sans prendre le temps de peser un à un les ingrédients…)
Marche à suivre:
Commencer par l’insert au caramel au beurre salé (je copie-colle la méthode de Mercotte):
Préparer la Crème mousseline à la vanille (recette piquée chez Véro, elle-même inspirée par Conticini, réadaptée par mes soins) :
Préparer le biscuit à la cuillère:
Roulage :
Préparer le socle :
Pour le sablé breton: la recette est ici. Au lieu de le faire cuire dans des cercles individuels, faites le cuire dans un moule à tarte rectangulaire si vous en avez un, sinon, utilisez un cercle à entremet rectangulaire.
Pour le praliné croustillant:
Si vous décidez de réaliser vous même votre praliné, rien de plus simple :
Si vous préférez opter pour encore plus simple:
Glaçage :
Bilan des courses:
Bien sûr, je sais que cette recette risque de ne pas être utilisée avant l’an prochain. Néanmoins, j’ai décidé de vous la livrer illico, afin de ne pas renouveler l’aventure de l’an passé, où, ayant tardé à publier la délicieuse bûche réalisée en 2009, j’ai tout simplement totalement oublié de quelle manière j’avais procédé… Et, croyez moi, celle réalisée cette année impose que j’ai bien tous mes souvenirs en tête !
Je ne vous cacherai pas que cette bûche demande un poil d’ingéniosité -surtout lorsqu’on est pas ou peu équipés-, un soupçon d’application et beaucoup de temps.
Ainsi, pour réaliser l’insert au caramel, n’ayant pas de gouttière à ma disposition… je me suis lancée, aidée par mon fidèle Mac Guyver de père dans la construction home made d’un tube à insert : nous avons découpé un tube de pvc au 1/3 de son diamètre, l’avons raccourci en longueur pour qu’il corresponde à la taille de la bûche que je désirais, puis il a réussi à coller deux morceaux de pvc sur les côtés du tube ainsi décapité, pour me permettre de l’utiliser comme réceptacle de la préparation au caramel. Juste avant de verser cette dernière, il ne me restait plus qu’à recouvrir le tout de film alimentaire, afin à la fois d’assurer sa parfaite étanchéité et de préserver la nourriture d’un contact direct avec le pvc.
En ce qui concerne le temps, rien n’impose (et même je le déconseille assez fortement) de tout réaliser le jour J. Prenez le temps de confectionner cette dernière non seulement la veille (ce qui lui permettra accessoirement de laisser développer les arômes), mais encore sur plusieurs jours (en suivant l’ordre présenté dans la marche à suivre), sans oublier de congeler, au fur et à mesure, les éléments.
Enfin, je vous dirais volontiers, pour vous pousser à surmonter ces difficultés, que le résultat vaut sans l’ombre d’une hésitation le temps consacré à la réaliser. Arrivée à la fin de copieux repas, que ce soit le soir de Noël ou celui du Réveillon… cette bûche aux saveurs bretonnisantes a séduit unanimement son public, ce qui ne constituait pas le moindre des défis. Se révélant être, en dépit des apparences, tout à fait légère en bouche et légèrement croustillante, elle n’est pas écœurante. Rien à voir avec les traditionnelles bûches à la crème au beurre ou encore au chocolat.
La seconde version réalisée pour le soir du Réveillon était un poil différente de celle de Noël, car j’avais tiré les leçons d’un ensemble de petits détails qui m’avaient moins plu lors du premier essai : j’ai réduit la proportion de sablé breton (j’avais fait initialement une fois et demi les proportions ici présentées), allégé la crème mousseline vanillé de Véro en crème fouettée, afin que le goût de vanille soit plus présent, et supprimé une grande partie de la gélatine présente dans l’insert au caramel au beurre salé, afin d’obtenir un coeur plus liquide, se rependant allègrement sur la mousse une fois la bûche découpée.
Toute la saveur de cette bûche tient à l’alliance entre l’extrême moelleux du biscuit cuillère, lequel, sans même être imbibé, n’est absolument pas sec et apporte profondeur à la crème mousseline vanillée, la générosité de l’insert et de la ganache au caramel au beurre salé, lesquelles donnent une note extrêmement gourmande et plus typée à l’ensemble, sans plomber l’estomac, et le contraste avec le croustillant sablé du socle, juste relevé par sa pointe de praliné…
Une vraie merveille de saveurs, que l’on peut réinterpréter en version épicée en ajoutant un poil de gingembre frais râpé au sablé ou au caramel, ou encore quelques graines de cardamome et un soupçon de cannelle, ou plus fruitée et acidulée en ajoutant quelques zestes de citron vert… En somme un ensemble de valeurs sûres, réinterprétables et aménageables à l’envi !
Je ne peux, évidemment, terminer ce billet sans vous souhaiter, puisque c’est la période, une merveilleuse année 2011. Qu’elle vous pousse hors des sentiers battus, qu’elle vous permette de ressentir cette sensation ineffable que crée l’improvisation et l’acceptation de l’évènement impromptu. En bref, qu’elle vous permette de cultiver, jour après jour, ce petit brin de folie qui rend la vie si passionnante et trépidante !
Je referme les yeux en pensant qu’il faudrait que je me hâte, que je profite de ce réveil matinal pour affronter le froid, le monde des magasins qui se parent de mille atours pour attirer le chaland en mal d’idées vertes et rouges, ou résoudre la délicate problématique de ma reconstruction qui s’étire en longueur, nourrissant la flemme et l’usure d’affronter la difficulté. Oui, indéniablement, j’ai de quoi faire. Pourtant, le confort ouaté de ma couette est encore un peu trop tentant là tout de suite, tout comme est forte l’envie de profiter encore quelques instants de cette douce torpeur confortable d’un dimanche matin de décembre où le froid se fait un poil trop mordant pour que j’envisage d’affronter, même sur la pointe des pieds, le carrelage de la cuisine qui me mènera jusqu’à ma cafetière-Port-Salut… Je ferme les yeux en vain. Non, je ne retrouverai pas le pays des songes, car une idée valse dans ma tête.
L’amitié. Certainement une des choses qui m’importent le plus, aussi loin que remontent mes souvenirs, et qui raisonne tout particulièrement en cette période de fin d’année. Autant d’amitiés que de parcours, de rencontres, et de périodes de ma vie. Ce matin, je pense à son sens, ses variétés, ses nuances, ses richesses, les difficultés et incompréhensions qu’elle suscite parfois.
Et il me vient l’envie, sûrement saugrenue, mais je ne peux y résister, d’ébaucher à grands traits les principales caractéristiques de ces amitiés qui ont jalonné ma vie, au fil du temps. Une sorte de caryotype-amical, comme ça, au débotté !
The best one . Celui ou celle qu’on nomme ainsi parce qu’il (elle) partage le quotidien, fait chemin commun ou parallèle. Partage cette intimité qui rend tout évènement, ou non-évènement, sujet de conversation et, la plupart du temps, de rires. Relation exponentielle, à la limite du fusionnel, dans laquelle le moindre fait, le tout et le rien, deviennent outil de proximité. J’en ai eu quelques unes, dans ma vie. Elles se sont parfois arrêtées, la plupart du temps au gré de déménagements, de changements de rythmes de vie, de transformation de mes passions et centres d’intérêts, parfois, même si plus rarement, sur un soudain malentendu rompant le lien. En grandissant, c’est certainement celle qui s’éloigne le plus des relations que je noue. Trop envahissante pour correspondre à cette période de ma vie où je trouve mon équilibre dans une multitude de relations, tout aussi importantes les unes que les autres, et dont aucune n’est plus exclusive. Il n’empêche que le souvenir de chacune suscite ce sourire irrésistible, un poil ému aussi, et un flot d’anecdotes partagées sur marges de cahiers d’écolier.
L’ami à éclipses . Celle ou celui que l’on voit peu, trop peu, mais avec lequel (laquelle) c’est toujours comme si l’on s’était quittés la veille. La souche est tellement prise, enracinée, que nulle tempête ne la déloge. Il (elle) sera là, quoi qu’il advienne, appelé(e) en renfort dans les cas d’urgence, ou refera son apparition comme par miracle, au bon moment. Juste alors indispensable. On se promettra de ne plus autant s’éloigner, tout en sachant pertinemment qu’à nouveau, le temps d’une marée ou davantage, il (elle) re-disparaîtra, pour mieux revenir d’un nouveau voyage.
L’ami-référent, celle ou celui avec lequel on s’exprime, réfléchit, partage une amitié intellectuelle et affective un peu à part, bien que partie de la vie. Parfois coach, souvent confident, toujours boussole. Œil extérieur qui permet de prendre du recul, d’analyser, de ne jamais perdre de vue l’essentiel.
L’ami vétéran. Celui ou celle qu’on a rencontré dans un de ces moments forts de la vie. Un voyage, un projet, son cursus, avec lequel on a affronté des sommets – réels ou psychologiques-, partagé des révisions tardives, des chapitres de thèse en Haute-Ardèche ou en Bretagne, des taxis égyptiens, créé une de ces parenthèses de vie marquante qui va permettre de très vite connaître certains points forts de sa personnalité, radiothérapie de ses qualités et défauts, qu’il aurait sûrement fallu des années avant d’esquisser.
L’ami-masculin. Certainement aussi indispensable, si ce n’est plus, que son homologue féminine. Peut être est-ce ma fratrie à majorité de gars qui me rend plus à l’aise avec eux. Plus simple – sauf rare exception – j’adore ce lien si particulier qui se tisse quand se rencontrent deux mondes de réflexion et références que (presque) tout oppose. Tellement naturels et à la fois extérieurs sont, pour moi, leurs codes, leur ironie, cette façon un tantinet détachée et, en même temps, si pragmatique de prendre la vie, là où je m’obstine parfois – en bonne fille que je suis-, à faire des nœuds, avec toutes les nuances que je perçois en tout. Point de malentendu ici, aucun de ces trucs de filles que je déteste et qui rendent parfois les relations entre femmes si complexes. Au pire, une attirance, qu’il faut apprendre à dépasser, le plus souvent en douceur, et avec intelligence. Une fois ce principal écueil évité, juste l’essentiel.
L’ami-virtuel. Celui dont on sait beaucoup sans parfois l’avoir rencontré. Avec qui l’on partage une passion, ou une envie, somme toute basique, communiquer et partager. Voilà une figure type de mes amitiés d’aujourd’hui que je n’aurais pu imaginer il y a quelques années… Elle a débarqué dans ma vie avec l’ouverture de ce blog. De nombreuses fois j’ai exprimé ici ma surprise en m’apercevant qu’une simple connexion internet pouvait abattre tant de barrières et créer tant d’affinités, que le quotidien avec son lot de codes, de barrières sociales, professionnelles, ou préoccupations quotidiennes empêchent de nouer dans la « vraie » vie. Plus encore que lors des premières années, je crois que ce qui rend à mes yeux ces rencontres si précieuses, dans leur grande originalité, est la découverte que le jour où la possibilité s’offre de mettre enfin un visage, un corps et une réalité derrière l’image virtuelle, c’est pour mieux s’apercevoir, en règle générale, qu’existent déjà tous ces ingrédients qui participent à transformer une rencontre, que rien n’aurait permis, en amitié… Oui, indéniablement un peu magique, en tout les cas hors du commun, ce fil qui se noue au travers de la page virtuelle d’un blog.


Il y a, enfin, la bande. Grappe d’amis que l’on ne peut dissocier tant les relations à plusieurs sont distinctes des relations que l’on noue par ailleurs avec chacun de ses membres. Une entité au sein de laquelle l’on est soi-même ni tout à fait le même, ni tout à fait différent, supposant en tous les cas d’être capable d’être en collectif, ce que certains redoutent. A vocation principalement festive, la réunion est propice à vivre des instants de vie hors normes dont je raffole. J’en compte au moins deux de très importantes à mes yeux. Très distinctes, incomparables, pour autant, chacune essentielle.
Je pourrais continuer l’exercice et le filer quasi à l’infini. Mais j’en vois déjà toutes les limites. Outre que la plupart de mes amis figurent dans plusieurs catégories de cette typologie amicale qui ne peut, évidemment, qu’esquisser à grands traits et de façon un poil caricatural ce qui les caractérise, elle ne peut épuiser les nuances du réel. Aussi large et variée que la palette des bleu de la mer, la gamme de mes amitiés est riche de toutes ces personnalités qui me façonnent et m’enrichissent en entrant un beau jour dans ma vie.
En plus de devoir à tous ceux qui m’entourent aujourd’hui de ces amitiés riches, denses, exigeantes et en mouvement perpétuel, d’avoir ce regard si particulier sur la vie qui me la rend si infiniment intéressante, je leur dois encore une certaine façon de concevoir ma cuisine. Car, ne vous y trompez pas, si je multiplie les occasions de réaliser des recettes qui ont la caractéristique d’être aussi sucrées que beurrées (au grand dam de certains… !), ce n’est pas tant que réside là ce dont je raffole ou préfère réaliser, que parce que je ne sais rien mieux que sortir de mon escarcelle un peu de ce plaisir réconfortant qu’elles procurent à coup sûr pour témoigner à tous ceux-là qu’ils me sont importants. Et pile poil dans cette thématique des bonnes recettes sucrées et beurrées qui font irrémédiablement craquer ceux qui y goûtent, voici LA recette parfaite !
J’ai nommé la recette des Cookies irrésistibles Chocolat blanc, Citron Vert, Gingembre et Amandes effilées. Les cookies que je trouve juste parfaits pour aller avec les breizh’moritos !


Ingrédients:
Marche à suivre:
Bilan des courses:
Ce doit être inconscient, mais comme je l’ai déjà fait, il y a quelques années, c’est au moment de l’Avent, que je vous reparle de Cookies. A croire que je le fais exprès, pourtant, j’en cuisine toute l’année, ou presque. Mais la recette de base présentée aujourd’hui est un peu différente de celle d’il y a quelques années, qui comportait, entre autres, des flocons d’avoine, et donnait des cookies plus croustillants que moelleux. Celle-ci est juste pour moi la plus simple et la plus irrésistible des recettes de cookies. Elle n’est pas de moi, comment pourrait-elle l’être? C’est un peu comme la quiche lorraine… tout le monde a sa recette qui n’est qu’une version améliorée ou un poil transformée de la recette de base que tout le monde fait et refait depuis la nuit des temps. J’ai tellement lu et réalisé de recettes aux proportions différentes que je serais bien incapable de retrouver d’où celle-ci est partie. Quoiqu’il en soit, elle a l’avantage de correspondre parfaitement à mes goûts, en faisant des cookies à peine croustillants sur les côtés et incroyablement moelleux au centre, un peu « cheewy », à condition de bien respecter le temps de cuisson.
Outre la consistance si particulière de ces cookies qui les rend tout bonnement parfaits, j’aime particulièrement cette version, avec l’association Citron vert/ gingembre/amandes grillées, auquel j’ai ici ajouté le chocolat blanc, étant précisé que ce dernier n’est, à mes yeux, pas indispensable. Il rend les cookies certes beaucoup plus gourmands, mais j’ai réalisé la recette de nombreuses fois sans, avec autant de succès !
J’ai également une affection toute particulière pour l’association de quelques cranberries au chocolat blanc, juste relevée par quelques grains de poivre séchuan. De même, quelques noisettes concassées associées à des petits morceaux d’abricots secs et d’un soupçon de basilic frais ciselé font merveille. En somme, n’hésitez pas à laisser parler votre imagination et à associer à la formule de base les équations les plus étonnantes ou attirantes qui vous passent par l’esprit, c’est ainsi qu’on fait les plus jolies découvertes !
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[OK. Là, lecteur, si tu as pigé le titre, soit tu es trop trop fort, soit tu faisais partie des 300 et quelques élus qui ont pu aller faire un tour du côté de Soissons voir si la mer y était plus bleue que par chez eux. Et là, je t'arrête tout de suite, ce n'est qu'une image, car de mer, il n'y a point à Soissons. Non plus que de vase, à ce que sache, depuis qu'un gros malin l'a cassé. En revanche, il y a à peine plus de 8 jours, ça grouillait de bloggeurs culinaires, tous réunis pour un Salon du blog, dont c'était la 3e édition. Et parmi eux, il y avait cette bonne Turtle, rechaussant, pour l'occasion, son tablier de bloggeuse après une presque année de silence par ici (hum...hum), accompagnée heureusement d'un bloggeur bien plus assidu qu'elle et ô combien respecté pour sa maîtrise des produits de la mer, le très célèbre Patrick cdm. Et quand on met un Patrick cdm et une Turtle dans une même team, ça fait une démo Tapas de la mer. Et "Breizh" en breton ça veut dire... Bretagne. Voilà, maintenant, je te laisse poursuivre ta lecture, car tu as tout pigé!]
Même un peu plus d’une semaine après, je me sens encore comme échouée de ce week end soissonnais qu’il me faudra encore laisser un poil décanter pour percevoir, au delà de l’intensité, de l’euphorie et de l’excitation qui m’accostent par surprise lorsque j’y repense, tous les arômes de ces vingt quatre heures menées tambour battant avec mon acolyte breton préféré !
Il faut dire que tout a commencé, comme souvent dans ma vie, par une très belle histoire d’amitié et une idée fumeuse de ma part, jetée un peu comme on s’ébroue (oui, une turtle peut s’ébrouer, c’est rare, mais ça arrive), en mars dernier :
« Hey! Le breton, chiche qu’on aille se faire une petite breizh’ démo à Soissons, cette année ? » lancé d’un air de défi mi-sérieuse, mi-provoc’, je savais que Patrick s’engouffrerait.
L’idée a muri dans sa tête , tandis que le boulot mobilisait toute la mienne. Heureusement, il a pris les choses en main, sans même râler, gérant à merveille toutes les formalités de notre inscription, modelant les recettes que nous aurions à réaliser, Tapas de coquillage, sur la plage abandonnée... Une madrague bretonne, dont il ne me restait plus qu’à imaginer la note sucrée. Un breizh dessert, easy, easy, j’y réfléchirai plus tard, à tête reposée.
J’avoue humblement que lorsque, pendant l’été, j’ai appris que nous avions été sélectionnés, Soissons n’était toujours pas au cœur de mes préoccupations. En apprenant que cette fois les dés étaient jetés et le sort scellé, j’étais à la fois ravie et un poil inquiète, espérant que le fameux week end ne tomberait pas trop mal avec mon calendrier qui s’annonçait chargé en cette fin d’année. Mais, pour une fois, j’ai laissé les choses se faire et arrêté d’anticiper, nous verrons bien !
En revanche, à quelques semaines de l’évènement, ça cogitait dur. La recette sucrée s’était imposée d’elle-même, le sablé breton. Restait à trouver comment la mettre en scène pour en faire une recette un peu amusante et surtout bonne. Après avoir brainstormé un moment seule, puis avec ma grande potine Véro, m’aidant à en trouver les derniers détails, tout était parfaitement calé : une pâte à sablée breton irrésistible, quelques pommes confites, un caramel au beurre salé (forcément…) et un voile de crème fouettée aux épices tchai pour le bonheur des papilles.
Tout ça s’annonçait parfaitement bien, et à l’époque, je ne savais pas qu’il allait me falloir endosser l’habit de ce bon vieux Jack Bauer pour l’occasion. Ce n’est qu’après que j’ai eu la brillante idée de profiter de ce déplacement à Soissons pour faire d’une pierre trois coups, en calant en 72 heures à peine : un rendez vous de thèse, 24 heures à Soissons avec au milieu notre démo, et trois repas parisiens avec divers amis, même pas peur !
Forcément, quelques jours avant, l’excitation était à son comble, faisant raccourcir dangereusement les nuits, et bouillonner mon cerveau, au fur et à mesure que le jour J approchait.
Le vendredi matin, après une nouvelle nuit sans sommeil, passée à répéter dans ma tête autant la recette de Soissons que le rendez vous avec mon directeur de thèse au lieu de dormir, me voilà en train de préparer une valise un brin surréaliste : une maryse, un kilo de fructose, les moules à sablés, sachet de levure, un tailleur pantalon, mes notes de thèse, une robe pour le dimanche soir…. pfiuu, pas facile la vie d’artiste !
N’oublie rien d’important, n’oublie rien d’important, me répétais-je en boucle. Une fois confortablement installée dans le train, vlan, je reçois un uppercut : l’appareil photo…! trop tard, il faudra faire sans… (un grand merci à toutes les bloggeuses qui ont bien voulu me prêter les photos de notre démo et d’avance désolée de ne pouvoir, du coup, montrer que notre atelier. Si vous souhaitez visualiser le reste du salon, n’hésitez pas à vous rendre ici, où vous trouverez des centaines de billets sur l’évènement!)
A peine débarquée de mon train, je retrouve Patrick, en forme olympique, ayant déjà réalisé bon nombre des courses indispensables pour réaliser les 4 tapas salés et les sablés bretons aux pommes confites ajoutés par mes soins à notre programme déjà bien chargé du lendemain. Au départ un peu inquiet à l’idée que je lui colle du sucre dans ses recettes de pieds de couteaux et autres praires, et que l’on arrive à réaliser 5 recettes en 50 minutes, mais convaincu après que je lui ai affirmé d’un air sur de moi que « pas de souci, ce sera fait en 2 temps 3 mouvements! », Patrick a soigneusement acheté tout ce qu’il me fallait pour ma recette. Moi, je suis aux anges !
(crédit photo: Apolina Fos)
Après lui avoir faussé compagnie le temps de régler mes histoires de thèse, je le retrouve. Ce coup-ci nous y sommes, plus que la détente et Soissons dans ma tête! Nous restons à Paris, pour pouvoir aller au petit matin acheter sur le marché les praires, les coquilles st Jacques, pieds de couteaux et moules pour le jour même. Toute l’adorable famille de Patrick m’accueille, autour d’une pizza géante et délicieuse et nous passons une soirée comme je les aime, pleine de rires, de discussions à bâtons rompus, et il faut se forcer pour interrompre ce moment parfait pour prendre un peu repos avant le départ du lendemain, ce que, soyons clairs, je n’arriverai pas à faire ! Trop excitée, la Turtle, trop impatiente d’y être !
Samedi matin. 8 heures. Après une nuit à tourner dans tous les sens, et peine levée, c’est le branlebas de combat : tout peser, préparer un maximum de choses pour ne pas perdre de temps durant les 50 minutes de démonstration, penser à tous les éléments indispensables pour les 5 recettes, surtout ne rien oublier. Nous chargeons la voiture, arrêt de quelques minutes au marché, et en voiture Marcel, avec nos amis les bêtes, bien au chaud dans la glacière ! L’heure et demi qui nous sépare de Soissons passe à toute allure, on discute, on se marre, on est totalement sur la même longueur d’ondes et moi je suis sur un nuage.
Arrivés au Lycée hôtelier de Soissons, ça fourmille déjà dans tous les coins. Trouver un endroit où entreposer les produits frais, prendre connaissance des lieux. Nous sommes sereins, la démo étant prévue pour 16h. Il n’est qu’11 heure, juste le temps de faire un passage dans la salle où Nadia et Saïda réalisent des petites truffes au chocolat et autres pistaches caramélisées. Je croise Manue et Aude, Nawal, et tant d’autres, et je n’ai qu’une envie, crier « pause », histoire d’avoir le temps de papoter autour d’un thé (en plus ça tombe bien, on a tout ce qu’il faut pour l’agrémenter grâce aux filles qui ont bien bossé!) . Au lieu de ça, il est déjà l’heure de se retrouver dans l’immense salle du lycée où nous allons déjeuner.
Là, c’est juste une profusion de mets en tout genre : pensez donc, 300 bloggeurs qui amènent les spécialités de leur région… on ne risque pas de mourir de faim ! Des tables jalonnent plusieurs salles où les bloggeurs se retrouvent par affinité, connaissance, hasard. Mon hasard est bien inspiré, et je m’installe avec Patrick à une table avec Birgit que je connais déjà et que je suis ravie de recroiser, Annika, Anne, Nanou, que je découvre, Framboize, que je commence à martyriser, et qui me le rend bien ! Les bloggeurs arrivent par grappes, et ça papote, et ça rigole, et ça mange, et ça parle… les gens se lèvent, se croisent, se reconnaissent, rigolent, à en avoir la tête qui tourne. On s’installe quelques minutes à une autre table pour retrouver Nawal et sa fine bande, je recroise Anne de Papille & Pupilles et Joëlle aka Auntie Joe, que je connais depuis longtemps, tout le monde n’est que sourire et plaisir de se retrouver. On se marre, et l’ambiance est tellement bon enfant que je n’ai aucune envie d’aller faire ma démo, je resterais bien avec les filles à faire le pitre !
Mais il faut y aller, car Patrick m’a a l’œil! Alors qu’il me traîne par l’oreille pour que nous allions retrouver nos affaires dans la chambre froide, nous tombons sur Cocopassion, et ses amies, que je connais depuis l’époque où nous n’étions encore que quelques blogs sur la toile. On se parle encore comme si l’on s’était toujours connues, mais il faut accélérer, il est 15h30 et il est vraiment temps, ce coup-ci, d’aller faire les prépa…
Là, le sérieux rentre en scène deux minutes. Je pare les pommes pour ma recette, aidée par un élève du Lycée qui me rend service en les coupant à la mandoline. Pendant ce temps, Patrick installe tous ses coquillages. Je sens que la fatigue accumulée dans la semaine ne m’empêchera pas de faire mon atelier – ce que je craignais un peu en me levant le matin. J’ai toujours des ressources impressionnantes quand je sais qu’il faut y aller et surtout quand je prends du plaisir, et là, autant dire qu’il y en a!
Je ne regarde pas une seconde l’horloge (pour être honnête, je la découvrirai après l’atelier!) et tout à coup, des gens s’installent face à nous.
16H. Patrick ouvre le bal, me donne la parole, ça y est ce coup-ci c’est parti.
Trente secondes pour me mettre dans le bain, et j’y suis. Telle un poisson dans l’eau, je me marre, et nous nous renvoyons naturellement la balle avec Patrick, que je délaisse pourtant largement au profit de mes sablés qui me prennent plus de temps que prévu (pas comme s’il avait eu raison, hein, pas du tout!). Je cours après une fourchette, une cuillère, je découvre que je n’ai pas la manique pour sortir les sablés du four, mais tout est drôle et léger, et rien n’est grave. Pendant que je l’aide à préparer ses pieds de couteaux, je m’aperçois que mes pommes en ont sournoisement profité pour cramer légèrement sur les bords, risques du direct, d’un four inconnu et d’une légère précipitation, pour tenir le timing. Le temps file, mais on s’en sort, en grappillant quelques précieuses minutes perdues à cause de ces légers contretemps. Nous finissons les montages au pas de course, et, enfin nous y voilà. Les gens dégustent, des étoiles dans le regard. Tout le monde est bluffé par les tapas de Patrick qui sont- parait-il, car je n’ai eu la chance d’en goûter qu’un seul !- tous délicieux. Ils passent aux sablés, là aussi, ils s’extasient. L’ambiance est tellement bonne que je voudrais, là encore, pouvoir en profiter davantage, discuter avec ces bloggeurs qui ont participé à notre atelier, mais il est à nouveau temps d’avancer, car il faut laisser la place au suivant, ranger notre matériel pour ne pas le perdre, et courir à un autre atelier, pour recroiser ceux qui sont à présent en train de passer ailleurs….
18h. Enfin, l’on se pose quelques minutes. S’asseoir pour boire une bière, partagée avec ceux que l’on croise au détour d’une porte, et notamment les toujours aussi drôles et sympathiques Framboize et Annika, déboulant d’un atelier ou prêtes à rejoindre quelque activité et que nous dévions de leur route, comme l’on débauche sa bande de potes de toujours. On échange si naturellement que l’on pourrait se dire que nous sommes à une espèce de grande fête de famille, recomposée la famille, de tous horizons. Impression unique, que je ne réalise même pas, tant je suis dans l’instant et le plaisir pur de la rencontre !
20 heures. C’est déjà l’heure du dîner (mais qui accélère sans arrête le temps comment ça?!). Superbe dîner de gala, préparé par les étudiants du lycée Hôtelier : des buffets d’huitres, de saumon fumé, de petites moules, de salades en tous genre. Je voudrais emprunter un estomac d’occas. Je goûte à tout, non sans penser que la vie de bloggeur culinaire est quand même ultra dure !
Nous avons retrouvé une grande partie de la fine équipe de midi, auquel s’ajoutent, entre autres, Dorian, et Pascale, que je recroise avec plaisir. Tout au long de la soirée, nous jouons aux chaises musicales, dès que l’un ou l’autre part en quête de quelque plat, ou sort discrètement fumer, nous en profitons pour papoter avec ceux que nous n’avons pas encore eu le temps de voir ou rencontrer. Concentré de parcours, de personnalités et d’affinités qui ne laisse de me surprendre… Pas une occasion ne se perd de faire une jolie rencontre. Même les pauses cigarettes me permettent de croiser des gens hors normes et formidables, tels la charmante Apolina et son mari, aussi souriants qu’adorables et drôles.
23 h30, les bloggeuses commencent à se lancer sur la piste au son des musiques irlandaises. En me levant pleine d’entrain pour participer, je sens cette fois que la fatigue va avoir raison de mon envie… Je cède à contrecœur aux sirènes de mon petit corps de Turtle totaly dead qui me disent qu’il est grand temps d’y aller et que j’en ai déjà largement profité. Arrivée à l’hôtel Campanile, juste le temps de me préparer pour la nuit et je sombre déjà…
Dimanche matin.
8h45. Je n’ai pas entendu le réveil. Mais avais-je seulement mis un réveil ? Je n’ai pas besoin de me regarder dans la glace pour savoir que j’ai la tête de la Turtle qui a enfin dormi 8 heures après des nuits sans sommeil. Bon. Va falloir quelques minutes pour arriver à sortir ma tête de dodo, au boulot!
10h. Ok, là, faut vraiment que j’aille rejoindre Patrick qui m’attend patiemment depuis 1h15 dans la salle du petit déj de l’hôtel et en est à son 50è café! Je le retrouve enfin, il se marre en me voyant débouler, un peu penaude de l’avoir fait autant attendre ! Par ma faute, il ne nous reste plus qu’une heure pour aller voir le grand Paulo pour la photo (ça tombe super bien… vu ma tête!) et surtout, surtout, passer un dernier moment avec les uns et les autres, et se promettre que l’on se reverra avant la Saint-glinglin.
11H... il faut partir, un rendez-vous m’attend à Paris, et c’est avec une grande frustration que je dis au revoir à toutes celles et ceux qui ont rendu ce moment de partage si ludique et unique, et laisse ainsi tranquillement la parenthèse enchantée se refermer… pour pile un an j’espère!
Avant de passer à la recette sucrée réalisée pour l’occasion, voici les liens vers les fabuleuses recettes de Patrick :
Les Sablés au beurre salé, pommes confites, caramel au beurre salé, crème fouettée aux épices tchai
Ingrédients : (Pour 12 à 14 portions généreuses)
Pour les sablés bretons :
(crédit photo Céline Simon)
Pour la sauce au caramel au beurre salé:
Crème fouettée aux épices:
Pour les pommes confites :
Marche à suivre :
Commencer par les pommes confites au beurre salé:
Pendant ce temps, préparer la pâte des sablés bretons:
Pendant ce temps, préparer le caramel au beurre salé:
Enfin, préparer la crème fouettée aux épices:
Montage:
Là, plusieurs options s’offrent à vous:
Bilan des courses:
Cette recette est absolument sublime, en dépit de son apparente simplicité. Certainement une des meilleures réalisées au cours de la dernière année. Je le dis d’autant plus aisément qu’après avoir emporté un vif succès lors de la démo de Soissons elle a entièrement subjugué les membres de la Turtle’s family dimanche dernier (jury intraitable avec votre Turtle préférée), car j’avais re-signé pour une grande occasion, les 60 ans de Turtle’s mum. Bien que servi, ce dimanche, à l’issu d’un copieux repas, il a été littéralement dévoré, y compris par mes belles sœurs préférées à l’appétit d’oiseau, fait suffisamment rare pour être souligné ! Tous n’ont eu du cesse de me répéter que c’était à la fois à tomber et extrêmement fin : vivent les épices et la bonne qualité des produits, aussi primordiale que le respect de la recette ! D’ailleurs, je ne saurais trop insister sur le fait que toutes les étapes de la réalisation du sablé breton sont essentielles pour obtenir THE sablé irrésistible, l’absolu anti-étouffe chrétien!.
Et oui, car il faut bien comprendre, cher lecteur, qu’en dépit de la grande quantité de beurre, ce sablé breton est absolument aérien, si bien qu’il ne laisse absolument aucune impression d’écœurement et fond en bouche tel un nuage. Irrésistible, donc, il a en outre le bon goût de ne pas débarquer seul ; et autant dire que son association avec le côté légèrement acidulé des pommes confites , l’onctuosité fraîche de la crème fouettée aux épices tchai, non sucrée ici, car associée à la gourmandise ultime du caramel au beurre salé, crée une palpitation des papilles qui vient à bout de toute velléité de s’arrêter en cours de dégustation pour sauvegarder son tour de taille.
En somme, une de ces recettes » t’y touches, t’es cuit ! » A toi de voir !
Je ne peux bien sûr terminer ce billet sans remercier tous les organisateurs de ce magnifique moment: Chef Damien et Chef Christophe, 750 grammes, les élèves du lycée hôtelier qui nous ont accueillis et sustentés, les bloggeurs qui sont venus assister à notre atelier et avec qui ce fût un grand moment de partage et de plaisir réciproque, et surtout et encore Patrick, sans qui cette breizh démo n’aurait certainement pas vu le jour!
]]>Nous avons déjà décalé nos montres d’une heure, histoire, l’air de rien, de rattraper brusquement le rythme d’une nature qui, pour sa part, a tranquillement et inébranlablement commencé son retour à l’hiver, dès le mois d’août, lorsque nous en étions toujours à nous dorer la pilule, nous félicitant intérieurement d’être tellement en phase avec elle.
Dans moins de 15 jours, je serai déjà en train de faire l’andouille avec mon meilleur pote de blog à Soissons-Land* au milieu de toutes les « ceupines » bloggeuses, dont certaines vont croiser ma route pour la première fois.
Malgré le froid qui s’installe et le fait qu’il me semble que c’était déjà il y a mille ans… je n’ai qu’une envie, prendre enfin le temps de rouvrir ce blog qui s’endort sur ce qui a constitué, comme chaque année, une parenthèse enchantée. Peut-être la meilleure, depuis l’enfance.
Il s’en faudrait de beaucoup pour que je puisse, en quelques mots, vous expliquer tout ce qui a fait que cet été je vois rejaillir à l’improviste des sensations aussi intenses que celles vécues à cet âge là. Peut être seulement le fait que, comme alors, j’ai eu parfois l’impression que la vie était si pleine que ces deux mois d’été m’ont semblé durer une éternité et que le retour de septembre a eut un goût de totale nouveauté. Ou le fait que j’ai, par instant, réussi à me laisser porter comme si la vie avait été toujours faite de journées plage, de châteaux éphémères, ou d’achat de crèmes solaires…
Pourtant, s’il y avait ce halo d’hors-temps et d’insouciance, bien sûr, mon regard et mes préoccupations étaient bien différentes et le contexte tout autre. Reprenons un peu le fil de l’histoire…
Prologue. Début juillet. Après des mois de travail acharné, la Turtle est au comble de la fatigue et mène un combat au sommet avec l’Obsession d’en finir qui lui répète en boucle que les jours s’égrainent trop vite, et qu’il faut accélérer. Malgré cela, l’Acharnement le dispute à l’Inefficacité. Il faut dire que l’Énergie et l’Envie ont pour leur part , et depuis de longues semaines, hissé le drapeau blanc et abdiqué face au Devoir qui enchaîne et à la Volonté qui ont maté sans grande difficulté la Raison. Cette dernière, tente vainement de motiver des troupes pour imposer une coupure devenue plus vitale et incontournable que la Turtle s’acharne à l’éluder. Soudain, Happening! La turtle bien éreintée suit enfin le bon Sens d’un ami, l’extirpant d’heures de travail harassées de chaleur où son cerveau ne sait même plus comment s’arrêter la nuit, et décide d’un coup d’un seul, et en 24 heures s’il vous plaît, de partir tâter un peu ses racines. 10 jours. 10 petits jours, pas un de plus, juste histoire de recharger les batteries et retrouver l’Énergie enfuie, s’est-elle promis.

9 juillet 2010: Commencer par ces neuf heures d’autoroute me rapprochant comme au ralentis de mes embruns, de ce ciel que chaque heure transforme, de ces marées qui ponctuent mes journées salées. Je colle machinalement sur la vitre une tête lourde d’avoir une nouvelle fois à affronter l’éternelle « Alors, cette thèse? terminée? » de gens qui ne se souviennent presque plus qu’ils m’ont un jour croisée sans cette dernière, et de tout ceux qui ne m’ont connue qu’avec elle. En regardant les arbres défiler, je me demande comment, au juste, leur faire comprendre que chaque année est une bataille contre vents et marées. Que nul été n’est tout à fait comme le précédent, et que chaque instant passé à leur côté est une victoire contre la culpabilité qui s’acharne à me répéter que je n’en ai pas le droit. Je ferme les yeux sans avoir trouvé de réponse, et me laisse bercer par les kilomètres, en luttant pour ne plus y penser.
De ces premiers jours de vacances je me souviens d’abord des réveils au petit matin où la thèse, refusant d’être rencardée si vite d’un lieu où elle a été reine de longs mois, revient cogner, m’éveillant en sursaut et déboussolée. De ces longues minutes pour me calmer et réaliser que le bruit des vagues signe mon droit au répit, à défaut de repos.
Des premières journées, en tête à tête avec mon breton de père qui lui aussi, retrouve ses marques, tandis que l’on défait l’un et l’autre les amarres de l’hiver. Retrouver, un à un, les gestes que l’on avait presqu’oubliés. Gréer le cormoran, courir sur la plage pour prendre à nouveau soin d’un corps malmené, filer sur les marchés faire le plein de nourriture iodée, enchaîner les longues sorties en mer, dès que le temps nous en octroie la possibilité, se réjouir des retrouvailles avec tous ceux qui, par petites grappes, reviennent peupler mon univers si vide d’eux.
De la rituelle pêche de nuit, aussi, déboulant -hasard du calendrier des marées- un soir proche de l’arrivée, où je suis encore à ce point épuisée que je tombe, une heure avant le départ, dans un sommeil profond et réparateur. Erreur de débutante. Il en aurait fallu évidemment bien plus pour que mon tortionnaire de père, bien décidé à ne pas me laisser filer entre les mailles de l’haveneau, renonce à m’extirper, mort de rire, de la chaleur de mon lit. Je revois ces longues minutes à tenter de m’arnacher d’une combinaison, de pulls et de chaussons dans lesquels j’entre, non sans efforts surhumains, encore déboussolée et persuadée qu’au fond, je dois probablement naviguer quelque part dans les bras de Morphée pour me préparer à affronter la traversée en mer jusqu’à l’île, où m’attendent les petites criques aux algues tentaculaires et ô combien glissantes à marée basse, et surtout l’eau à 13 degrés…
De mes fou-rires de fatigue et euphorie mêlées lorsque, rescapée du crachin, de trois longues heures à lever un haveneau aussi lourd et démesuré qu’à mes 12 ans, je croise de soudains trous d’eau qui arrêtent brusquement mon avancée dans une mer d’encre dans laquelle je m’escrime, à tâtons, à suivre mon breton de père, le panier en équilibre précaire au dessus de la tête pour ne pas perdre la précieuse pêche. En ressortir baignée jusqu’aux aisselles, grelotante et hilare, pour enfin retrouver le canot qui nous ramène sur la terre promise d’une douche chaude. Et de m’endormir, la sensation du devoir accompli, et pas peu fière, face au verdict : 800 grammes pêchées de mes petites mains congelées, comme dans un rêve je vous dis....
Redécouvrir cette joie émue d’ouvrir les yeux au bruit des vagues se cassant sur les galets, de contempler de longues minutes, un sourire en coin, et assise dans un lit encore chaud, un enfant parti conquérir la mer géante au petit matin, la démarche d’un crabe de traîner à bouts de bras une pelle immense. Rien de bien nouveau, au fond, mais toujours ce même émerveillement en sentant la vie refaire surface dans un grand bruit de vague, un an après.
19 juillet 2010: 10 journées passées en un clin d’œil. Et l’évidence que je ne peux repartir…. Comment le pourrais-je, alors que j’ai, en thésarde coupable, embarqué avec moi cette fichue thèse, juste au cas où…?
Forcément je suis restée…
1er août 2010: Je prends l’habitude de me lever chaque matin, à pas de loup, pour ne pas réveiller une maison dorénavant remplie, pour petit déjeuner en tête à tête avec une immensité d’eau salée, parfois travaillée par la houle, parfois si lisse et calme qu’elle se fond dans l’horizon d’un ciel bleu marine, parfois presque totalement dissimulée dans un halo de brume semblant prêt à me happer de ses volutes. Chaque matin, je bois mon café noir, les yeux s’éveillant à la vie en se baignant dans cette mer sublime qui me conte des histoires de marins partis affronter leur destin sur des chalutiers bravant des mers déchaînées.
Même en la vivant ainsi comme à distance, et sans plus pouvoir cavaler sur elle à grands coups de risées maîtrisées, je savoure chaque instant et ressent qu’une à une, mes cellules se rechargent de cette énergie vitale s’échappant du granit rose, du vent s’engouffrant dans les voiles, du cri des mouettes riant de ma fatigue envolée.
J’accepte, sans difficulté, de passer de longues journées enfermées, en dépit du beau temps qui vient parfois me narguer et des propositions de pique-nique sur une île de sable fin, pour mieux profiter de quelques heures volées à naviguer.
Je compte parfois les heures avant que la grande table de chêne aux miettes qui se calent dans les rainures se remplisse de verres et d’assiettes que l’on vide, l’œil pétillant de bonheur, dans de grands éclats de rires, avec mon club des mouettes préféré.
20 août 2010: La maison est vide, à nouveau. Plus de pas et rires tapageurs pour me distraire dans mes journées de travail… Restent les amis de toujours qui, à l’instar d’une certaine Turtle, ne laisseraient pour rien au monde passer un été sans vivre quelques instants privilégiés dans leur Pink Stones. Mes journées ne se terminent plus sans un dîner partagé chez l’un ou l’autre, succession de moments privilégiés où le temps file plus vite que jamais.
1er septembre 2010: L’air de rien, la fin de l’été est arrivée… Sous un soleil radieux, et face à une plage tout à coup désertée, mon père rentre les bateaux, pendant que je profite des derniers instants de soleil en travaillant sur la terrasse… Oui, il est temps de rentrer.
De cet été il me reste le sentiment confus d’avoir volé des instants de vie aussi intenses, uniques et fugaces que le soleil que l’on surprend, s’élevant, au tout petit matin, sur des rochers orangés de lumière. De ceux dont on se dit, en se les remémorant dans la touffeur lyonnaise d’un mois de septembre ou la froideur naissante d’un mois de novembre qu’on les a peut être rêvés, s’il n’était cette sensation tenace qu’ils ont reconstruit une à une les armes de mes combats présents.
Celui aussi d’avoir réussi à les partager d’une manière toute différente avec des êtres qui me sont particulièrement chers et qui, au delà du fait qu’ils ont -souvent!- la qualité primordiale d’être breton, sont avant tout des compagnons de route sans pareil. D’avoir, enfin, entraîné mon père dans cet univers fait de rires et de pots partagés sur fond de côte de bœuf qui crépite sur les braises d’un feu de bois dont on recherche la proximité dans ces soirées bretonnes où l’humidité et la fraîcheur se fraient un chemin jusqu’à l’os, en dépit des pulls bretons à la maille qui pique les bras, et dont je raffole autant aujourd’hui que je les honnissais dans l’enfance (« Oh non! Pas le pull qui pique, maman, s’il te plaît…« )
J’aurais pu poursuivre, encore et encore, jusqu’à atteindre une sensation de rassasiement dont je doute, cela dit, de ressentir un jour, la plénitude. Mais il me fallait rentrer, reconquérir ce quotidien que j’avais fui sur un grand écœurement épuisé, début juillet. Et parcourir les derniers pas de ce long, long voyage.
En souvenir de ces fabuleux moments de partage autour de l’indétrônable côte de bœuf très tendance lors de cet été 2010, je vous livre aujourd’hui une recette, dégottée dans un livre tombé par hasard entre mes mains sur une aire d’autoroute, perdu entre quantité de livres sans aucun intérêt, et bradé à 4,5 euros (budget raisonnable, même pour une thésarde en fin de droits au chômage
).
Un livre, donc, écrit par Bruno Verjus, (dont j’avoue, je n’avais jamais entendu parlé) intitulé Tous en cuisine, édité en 2005. A l’intérieur, une mine de petites recettes sympathiques concoctées par quelques chefs, d’Alain Passard en passant par Joël Thiebault et Pierre Hermé. Je l’ai dévoré, la curiosité gourmande chassant le vagalame d’avoir quitté mon pays, sur cette autoroute qui me ramenait vers mon univers lyonnais.
Forcément, la recette n’a pu que me parler, intitulée « Côte de bœuf comme on l’aime »... De là à dire que j’y ai vu un signe … En voici les principaux extraits:
Ingrédients :
Marche à suivre:
Bilan des courses :
Bien sûr, rien, jamais, n’égalera à mes yeux une côte , juste grillée quelques longues minutes sur un feu de bois breton, partagée sur une table de bois entre potes ; ni celles cuites par mon Breton de père sur une plancha dans notre grand appartement face à la mer… question de contexte, sûrement.
Il n’empêche… que voilà une très bonne recette de substitution. Réalisée par mon Père, le soir de notre arrivée, pour me consoler, elle a su faire naître chez nous de grands sourires satisfaits, et c’est certainement en dégustant celle que nous avons appelé « La côte du retour » que nous avons réalisé que n’avions finalement pas tout perdu en revenant!
La méthode de cuisson préserve à merveille la saveur de la viande, qui est grillée à l’extérieur et absolument fondante à l’intérieur, juste suffisamment chaude, mais encore parfaitement saignante. Certes, d’aucuns pourront regretter ce petit goût fumé que seul un feu, surtout s’il est fait de pignes de pin ou de sarments de vigne, procure. Néanmoins, elle a l’avantage de permettre de se délecter non sans un plaisir extrême d’un plat que pour ma part j’avais presqu’oublié, et qui est pourtant si savoureux dans sa grande simplicité !
*Je ne terminerai pas ce billet, écrit sur la pointe des pieds -tant j’ai l’impression de ne plus savoir écrire autre chose que du droit-, sans vous prévenir que j’ai l’immense plaisir de participer au Salon des blogs culinaires de Soissons, qui se tiendra les 20 et 21 novembre. J’y serai accompagnée d’un Breton qu’il n’est plus besoin de présenter, tant tout le monde dans cette « blogosphère » dont je fais à présent à peine partie, le connait. Avec Patrick, donc, j’aurai le plaisir de cuisiner sur un thème qui nous est cher, s’il en est… alors à tous ceux qui pourront s’y joindre je vous dis rendez vous là bas!
]]>C’est drôle cette manière que j’ai, en rouvrant enfin la porte de ce blog qui commence sérieusement à grincer, à force d’être inutilisée, de me sentir coupable. De vouloir m’excuser auprès des rares personnes qui, peut-être encore, malgré ces mois de silence, viennent de temps à autres voir si la petite lumière se rallume, s’il y a quelqu’un d’autre que des abonnés absents dans ce coin là. Oh que oui ! Juste que me voici bâillonnée par cette chose qui, apparue depuis près de 7 ans dans ma vie, est en train de vivre ses dernières heures (jours, mois au pire !)…
J’ai nommé la thèse! Et oui, depuis le temps que je la mentionne, l’évoque, la sous-entend ou en parle clairement ici, il n’aura échappé à personne que cette dernière joue légèrement les prolongations. Pire que des tirs au but cette histoire : jusqu’au bout, je tiens mon public en haleine : va-t-elle, va-t-elle pas la finir?
A vrai dire, les quelques mois écoulés, depuis mon dernier passage ici, ont été plutôt rudes. Plein de saveurs aussi, car j’ai réussi à aboutir enfin une partie qui me résistait depuis longtemps et m’obnubilait , au point que, je l’avoue humblement, l’envie de passer derrière les fourneaux avait quelque peu disparue. Et on murmure même que je suis devenue, depuis lors, adepte des pizzas, achetées en bas de chez moi, et partagées sur un coin de table avec ma fidèle bande d’amis, plus que jamais essentielle pour me faire tenir bon durant cet hiver aussi rigoureux que mon travail était âpre. Oui, cette bande de coquins forçait la Turtle à ponctuellement sortir la tête de l’océan de mots dans lequel elle baigne (voire se noie, selon les périodes) depuis ce jour, où, il y a 14 mois environ, elle a entrepris de tout reconstruire.
Allez, venez un peu que je vous raconte, car -sans vouloir me vanter-, je crois bien avoir tout fait pour que même les plus solides des bretons en perdent leur catalan!
Alors, essayez un peu d’imaginer ce que représente le fait de réaliser, arrivée à la page 750 de la fameuse thèse, après 5 années de bons et loyaux services à bûcher sur elle, que l’on a suivi une idée qui s’avère ne pas être la bonne. Reste plus alors qu’à affronter le choix impossible face auquel on se trouve placé : finir en l’état une thèse en laquelle on ne croit plus ou prendre son courage, à deux, voire 4 ou 6 mains, tant on sait qu’il va nous falloir de cran, de temps, de volonté et de foi, pour tout réenvisager autour d’une seconde idée, arrivée un poil à la bourre, mais tellement meilleure que la première…
Ce « Happening » digne des meilleurs thrillers s’est produit à l’automne 2007, et autant vous dire que je me suis alors octroyé deux bons mois de réflexion pour prendre l’une ou l’autre option. Après un séjour éclair à Londres et un Réveillon Breton m’ayant lavés de leur air iodé, j’avais tranché : tout reprendre à zéro !
Vaste projet, qu’il fallait formuler sans trop y réfléchir, car pour être tout à fait honnête, j’étais un poil vacillante en l’initiant. La tempête de la peur n’était pas loin, et, quand, après 6 premiers mois de réécriture, vinrent des semaines de doutes, il n’en fallait pas plus pour me convaincre qu’il était temps, cette fois, d’arrêter. J’en étais arrivée à un point de saturation tel qu’abandonner, pour de bon cette fois, cette maudite thèse qui me coupait tant de la vie qui semblait me narguer à côté, était devenue la seule et unique option. C’est ainsi que durant trois mois, cet été, je me suis retrouvée catapultée dans un monde nouveau, que je parcourais en Turtle libre de thèse.
Libre qu’à moitié, car je devais poursuivre mon bonhomme de vie sans l’avoir vaincue. Et pour une Turtle téméraire comme moi, petit bout de femme ayant passé le plus le clair de son temps, depuis sa petite enfance, à placer sa volonté en étendard, c’était un gage d’humilité bien neuf que d’annoncer à mes plus proches que je renonçais, la fatigue morale et physique s’étant faite si violente que je n’arrivais plus à trouver l’énergie indispensable au projet fou que j’avais formulé.
Mais il est des choix que l’on ne peut totalement admettre, surtout des moments-clés où l’on rencontre LA bonne personne, capable de redonner foi en ce que l’on croit avoir définitivement rayé, et j’ai repris mon attelage. Bête de labeur, j’ai, en 6 mois à peine, réécrit 500 pages… Voilà la raison pour laquelle, bien que ne travaillant pas 24 heures par jour (quoi que cela m’arrive de temps à autres, délais impératifs à tenir obligent!), je suis légèrement mobilisée depuis quelques mois. Car même lorsque je ne suis pas en train de bûcher sur elle, elle mobilise plus que jamais mon esprit et j’avoue n’avoir de répit qu’en passant véritablement à autre chose, i. e. en étant loin de mon ordinateur à écrire.
Le plus gros est à présent fait, mais il me reste encore un bel effort à fournir pour en venir définitivement au bout. Tous les moments comptent. Je traverse des phases durant lesquelles je suis capable d’enquiller les heures de travail, comme, hier, les téquilas. Je me surprends à accepter les temps de récupération vitaux qui succèdent, sans cette maudite culpabilité qui m’empêchait, autrefois, d’accepter le repos. Dans ces moments là, je me tourne vers ceux qui m’entourent, parfois nuit et jour quand il le faut, pour m’aider à fournir les efforts tant intellectuels que psychologiques que suppose le fait, tous les jours où presque, d’abandonner un bout par ci, réécrire un bout par là, dynamiter un pan entier à droite, envisager une cathédrale à gauche sur les décombres. Bref, un travail qui m’apprend, bien souvent dans la douleur (mais je suis rassurée depuis que j’ai lu qu’Yves St Laurent lui-même considérait que le meilleur moment de la création d’une collection était … sa fin!
) , à quel point j’ai de la chance d’être ainsi aimée et entourée.
A tous ceux qui m’accompagnent pas à pas sur ce long et tortueux chemin, je voudrais juste dire combien je les aime, et que surtout, on ne change pas une équipe qui gagne!
Pour mon petit retour ici, j’avais le choix entre tous les plats réalisés ces derniers mois (vous vous doutez bien, quand même, que je ne me nourris pas que de pizzas!). La bûche de Noël, la Galette des rois, les crêpes de la Chandeleur étant un peu has been un 12 avril, j’ai opté pour le plat réalisé pour les 19 ans de ma Ratatouille de petit frère, à sa demande.
Il se souvenait d’un plat que j’avais inventé, plus de deux ans auparavant pour le magazine CuisineP@ssion: un Quasi de veau en croûte de fruits secs, jambon Serrano et coriandre fraîche, servi avec des légumes oubliés au sel vanillé.
Comme, à l’époque, je n’avais pu évidemment publier la recette sur le blog, j’en profite pour le faire aujourd’hui: en route pour un plat un poil vintage mais toujours aussi bon!
Ingrédients pour 4 personnes:
Pour la pâte:
Pour la viande:
Pour l’accompagnement:
Marche à suivre:
Préparer d’abord la pâte brisée: mettre dans le bol du robot la farine et le beurre coupé en petits morceaux, mélanger jusqu’à l’obtention d’un mélange sablé, ajouter le sel, puis l’oeuf, un peu d’eau si nécessaire et former une boule avec la pâte et réserver une heure au frais, enroulée d’un film plastique.
Eplucher tous les légumes anciens et les couper en grosses frites. Les placer dans une cocotte en fonte, en les saupoudrant de gros sel vanillé, et les glisser au moins 40 minutes dans un four, préchauffé à 200°C, en les remuant régulièrement, sans les écraser. Ajouter, si nécessaire, un soupçon d’huile, à mi cuisson.
Pendant ce temps, couper la pâte brisée en 4 parts égales. étaler chaque morceau de pâte le plus finement possible, en forme de carré, réserver. Mixer grossièrement les noisettes entières, les abricots secs et le jambon sec, préalablement coupés en petits morceaux. Ajouter à ce mélange la coriandre fraîche coupée au couteau. Répartir cette pâte sur les carrés de pâte brisée, en laissant un centimètre de pâte non couverte, sur les bords. Découper le quasi de veau en 4 morceaux, et faire chauffer de belles noisettes de beurre dans une poêle antiadhésive. Faire revenir les morceaux de veau, chacun à leur tour et sur toutes les faces, pour qu’ils soient justes dorés, et les placer ensuite au centre du carré de pâte. Saler et poivrer généreusement la viande, et refermer la pâte, en formant un ballotin. Bien veiller à ce que la pâte soit soudée et qu’elle recouvre parfaitement la viande (humidifier les bords)
Placer chaque ballotin sur une plaque, couverte d’un papier sulfurisé, et cuire entre 8 et 12 minutes, à 200°C, selon la taille des morceaux de viande. La viande sera juste rosée.
Placer sur chaque assiette un ballotin, quelques frites de légumes oubliés, en montant une sorte d’échafaudage, si vous êtes patients, et servir aussitôt. Déguster immédiatement.
Bilan des courses:
[En grande star, je me permets de m'auto-citer partiellement, en reprenant une partie de ce que j'avais décrit pour le magazine!]
L’originalité de cette recette tient à la grande richesse des saveurs associées, qui en fait un plat ultra gourmand.
Tout d’abord, n’ayez crainte, l’abricot sec est très peu présent en bouche, on pourrait presque l’oublier, tant il sait se faire discret, contrebalancé par la saveur salée du jambon, et le caractère piquant et vert de la coriandre. Associé aux noisettes, sa présence apporte juste un peu de douceur et de générosité au quasi de veau, lequel reste, ainsi cuit emmailloté, parfaitement tendre.
Ensuite, à chaque bouchée, le voile de pâte brisée croustille sous la dent, tandis que la croûte de fruits secs se fait moelleuse et la viande fondante en bouche.
Enfin, les légumes oubliés, pour leur part juste mis en valeur par la fleur de sel vanillée, sont parfaitement rôtis, révélant ainsi leurs arômes: le topinambour et son petit goût d’artichaut, le panais et sa saveur légèrement poivrée et sucrée, la patate douce, plus suave, à mi-chemin entre la carotte et la pomme de terre, le rutabaga, proche d’un navet en texture mais plus savoureux et dynamique. En bref, un petit moment de bonheur gustatif!
[*photo vintage , cuvée janvier 2008 ]
]]>C’est savoir qu’en dépit des sacs remplis de livres, emportés avec l’espoir- fou- de les lire, on va nécessairement prendre le temps de le perdre. Que l’on sera beaucoup trop occupée à contempler les lumières hivernales, changeant imperceptiblement au fil des heures, et dévoilant à chaque instant un nouvel aspect de la personnalité unique de cette Bretagne du nord, si fascinante d’intensité, pour même voir un jour s’écouler.
Ainsi, comme chaque fois, je me suis perdue de longues heures sur des sentiers bretons, ré-oxygénée à grands coups de rafales de vent et de bruine ; imaginée, au premier rayon de soleil, sur des voiliers, imaginaires en plein hiver, voguant sur cette mer colère, ou bleu roi. Des heures à ressentir, par toutes les pores de ma peau, celle que j’aime de tout mon être. A m’immerger dans ces paysages que j’arpente inlassablement du regard, foule du pied, et sent de toutes mes forces, avec toujours ce même plaisir, brut et violent, indélébile en dépit des années.
Hors du temps, des pressions, des tristesses, des incompréhensions, rechargeant mes batteries, prenant le temps de poser tous mes fardeaux. Juste seule, désarmée autant que comblée, face au froid cinglant et à la beauté unique d’un petit matin breton, drapé de ses couleurs hivernales.
(Partie sur un coup de tête, j’étais sans appareil… et ces photos, prises avec mon téléphone, rendent seulement très faiblement compte de la beauté des lumières d’hiver là bas).
Avoir, dès la première inhalation de ses parfums lourds d’embruns et d’algues, cette impression étrange de l’avoir quittée la veille, tout en ressentant très fort que les choses changent de plus en plus rapidement, depuis quelques années, quelques mois, entre deux passages dans ma Bretagne. Que mon regard mûrit et s’épaissit, prenant chaque jour plus la mesure de ce temps qui passe et nous façonne, fût-ce dans la douleur, pour nous permettre de nous sentir définitivement vivant.
En rentrant me coucher, au petit matin de ce 1er janvier 2010, marchant en serrant fort mon manteau contre moi, frigorifiée, en dépit du soleil qui perçait déjà, fourbue de fatigue et d’alcool, j’ai eu envie de rire d’abord.
A la vie. A la fin de cette année si riche à vivre que j’étais, somme toute, bien contente qu’elle s’achève, tout en sachant pertinemment qu’elle restera probablement parmi celles qui marqueront, à jamais.
Parce que j’y ai eu 30 ans.
Parce que j’y ai, plus que jamais, pris la mesure et le sens de l’amitié.
Parce que je me suis laissée aller à nouveau à aimer.
Parce que j’ai pris le temps d’envisager d’autres choix, d’autres vies, avant de brusquement réaliser que celle qui était face à moi était mienne, que chacun des choix réalisés ces dernières années menait là, et que nul n’imposait renoncement ou changement soudain de trajectoire. Qu’il suffisait juste d’un peu de patience et de confiance…
En observant ce soleil, irisant le ciel, au travers des nuages, j’ai eu envie de crier au monde entier que je l’aimais, de dire à ceux qui comptent le plus qu’ils étaient là, à mes côtés, alors que j’étais bien souvent beaucoup trop loin d’eux. Envie de leur dire à quel point je me sens riche de toutes ces rencontres, de ces partages, dont ce blog n’est qu’un vecteur supplémentaire.
Avec un tel début d’année, nulle envie d’appréhender le futur comme une trajectoire ou une suite de vœux très précis !
Alors mes souhaits pour 2010 ?
Juste espérer poursuivre le chemin, affiner les traits de cette vie qui s’est progressivement tissée sans qu’on s’en aperçoive, en défaisant les derniers liens qui nouent et retiennent, ceux sur lesquels on bute sans trop savoir comment ils ont réussi à ainsi s’épanouir à l’abri de l’attention, au point de faire douter que la vie peut être simple.
Avoir aussi l’immense envie de célébrer avec vous cette entrée dans une nouvelle décennie, où je sais que la vie va forcément me surprendre précisément là où je l’attends le moins, car c’est toujours ainsi qu’elle devient à la fois dense, drôle, et passionnante.
Alors à vous tous, lecteurs de ce blog, si peu nourri depuis quelques mois, je veux juste vous souhaiter une merveilleuse entrée dans une nouvelle année où tout reste à écrire, découvrir et construire! Qu’elle vous permette d’être gourmands, inventifs, intransigeants, casse-pieds parfois, mais aussi excentriques, changeants, rigolards et joviaux, aimants et souples ! En un mot, vivants, car, quoi qu’il arrive, c’est bien là la plus belle façon de profiter de ce qui définitivement pimente cette vie que j’aime tant!
Je ne peux, enfin, terminer ce billet sans partager avec vous l’immense joie (et surprise!) que m’a fait l’équipe Philips en choisissant ma recette de Velouté de panais doré sous mic mac de mangue et coppa pour leur concours sur la cuisine du futur, et en m’offrant, par conséquent (attention…. suspense !) toute la gamme ROBUST ! Autant vous dire qu’en apprenant cette nouvelle entre Noël et le jour de l’An, j’ai vraiment eu l’impression que le père Noël avait été plus que généreux avec moi! Donc voilà, une occasion pour moi de remercier à nouveau de tout cœur le staff, et de faire un peu de pub supplémentaire pour leurs produits qui s’avèrent être tout simplement au top !
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