En me levant ce matin, j’ai fait une découverte essentielle : j’ai tout à coup réalisé que je suis née mélancolique. Oui, j’ai bien réfléchi et c’était, à n’en pas douter, gravé dans mon code barre (génétique, évidemment. D’ailleurs comptez sur moi pour en toucher deux mots à qui de droit). La preuve en est, aussi loin que je remonte, je me souviens d’une petite Turtle prenant régulièrement quelques instants pour être hors-jeu, se déconnecter, et penser au passé. J’adorais déjà ne plus être de la partie, réfléchir, de préférence en marchant, musique aux oreilles. Cette habitude a même commencé si tôt dans mon histoire que je me revois parfaitement déambulant, avec mon premier walkman à cassettes rose bonbon, aussi fin et léger qu’une brique, diffusant en boucle, au choix Jane Birkin ou Mylène Farmer ( ce qui témoigne d’une, que je suis née en l’an -20 avant le mp3, autrement appelé l’ère pré-internet, de deux, que j’avais les goûts musicaux pré-puberts les plus surprenants qui soient. Merci Gaëlle). Une chance pour moi, me direz-vous, parce que c’est certainement à cause de cette petite option “mélancolie” avec laquelle j’ai été livrée que j’ai très vite réalisé combien la vie, avec ses bons moments et ses petits enfers, était tout simplement la meilleure chose qui me soit arrivée. Forcément, même les embuches, les emmerdes, et les prises de tête deviennent particulièrement belles, couleur sépia. Mais il faut croire que rien ne résiste à mes trente ans, pas même mes gênes (et ne parlons pas de mes cellules épithéliales -mot que je cherchais à placer ici depuis longtemps- qui laissent impertinemment se creuser des petites rides autour de mes yeux d’enfant). Jugez plutôt.
Hier, je marchais, la nuit pleinement tombée. Il y a quelques années, je vous aurais dit combien je détestais cette période où le jour se fait denrée aussi rare que les étés secs en Bretagne et les hommes prêts à s’engager (quoi? je constate, c’est tout!). Je vous aurais confié que je n’aime pas le mois d’octobre, et que seule la perspective des préparatifs de Noël colore la fin de l’automne d’une certaine douceur à mes yeux. Et j’aurais évoqué avec vous, à l’aide de ma grande copine mélancolie, les bons moments de l’été révolu. Ces longues journées où l’on finit de se dorer lentement la peau qui tire de sel au soleil, en supportant un pull, parce qu’évidemment, on a le postérieur confortablement installé sur un siège en teck face à la manche, et que l’on rigole, sous l’effet légèrement enivrant de la pression que l’on a appris à aimer, à force d’apéros partagés. Je vous aurais parlé de mes regrets de voir ce bronzage, si attentivement perfectionné tout l’été entre deux nuages, disparaître progressivement sous les douches quotidiennes. J’aurais repensé, émue, à ces heures de châteaux de sable, que l’on creusait à 18 mains cet été, pour réussir à endiguer la marée montante, de toute la force de nos trente ans, espérant, comme à dix, retrouver nos forteresses au petit matin. Oui, je vous aurais dit tout cela.
Mais, hier, marchant dans l’air frais, mais pas encore glacé, je n’ai pas du tout pensé à cela. Non, pour une fois, je me suis simplement dit que j’étais juste bien avec cette grande veste en laine grise, ressortie du fin fond de mon placard, écoutant à m’en faire siffler les tympans quelques mp3 (plus de Jane Birkin à l’horizon sonore, soyons clairs). Que j’étais contente d’aller, en ce vendredi soir, rejoindre ces personnes que j’aime tant, dans un petit bar situé un peu loin de mes pénates. Que c’était finalement terriblement sympathique de marcher dans ces rues moins connues, découvrant de nouveaux magasins aux devantures pleines d’objets de tentation pour moi, de la cuisinière high teck à la dernière paire de bottes à la mode. Que j’avais appris à l’aimer malgré moi, cette ville qui m’avait volée à ma Drôme natale. Et qu’il y a bien que parce qu’on est obsédé par tout un tas de choses “importantes” qui nous font tourner trop vite, les uns à côté des autres, sur cette grande roue de la vie, qu’on arrive à perdre de vue que seule cette multitude d’instants sans importance compte. Tous indispensables pour permettre d’en faire le tour, ils sont certainement bien plus essentiels que le laissent penser toutes les grandes idées que l’on se fait de son passage sur terre, tous ces challenges que l’on s’efforce d’accomplir en se donnant du sens, et toutes ces histoires que l’on réécrit, en regardant le passé.
Ce matin, en me réveillant tranquillement d’une nuit sans ombre, je me dis qu’au fond, peu importe ce que j’accomplis ou pas. Peu importe que ce soit terrifiant ou pas. Dur, futile, agréable ou gratifiant. Parce que tout ceci n’est qu’une suite d’instants tous aussi essentiels pour me permettre de ressentir au plus profond de moi que je suis devenue une Turtle vraiment et pleinement vivante maintenant.
Après cette petite séquence “émotion-art de vivre” - qui donne, en version courte “le but de la vie n’est que de ressentir pleinement cette dernière”-, je vous offre en bonus la leçon n°1, apprendre à profiter d’un petit délice acidulé, croustillant et aérien, dont je vous donne illico la recette. Trop sympa, la Turtle !
Et en avant pour la Tarte crousti’acidul’soufflée qui fait swinguer ton samedi matin d’automne, oh yeah!
(note à l’attention des bretons patentés qui râleraient encore au motif que sur ce blog, on ne trouve que du sucré, le bureau des réclamations est ouvert les lundis, mardis et mercredis, de 10h30 à 12h30).
Ingrédients pour une belle tarte (6 à 8 personnes)
pâte sablée très beurrée:
Mousse aux citrons et framboises :
Marche à suivre:
Bilan des courses:
Pour célébrer la fin de mes travaux de titans, à la fin de l’été, j’avais invité quelques amis à “apéroter” dans mon nouvel appartement entièrement refait. Bien que sachant que parmi eux, il y avait des gens peu adeptes des tartes au citron, même doublement citronnées, j’avais très envie d’une tarte au citron. Dilemme. Après une légère hésitation, j’ai convenu avec moi même qu’une tarte au citron remasteurisée serait parfaite. Il suffisait pour convaincre les peu adeptes de l’acidité de transformer cette dernière en un immense sablé breton, recouvert d’une mousse légèrement acidulée et gourmande. Pour cela, il convenait d’abord d’accroître le côté gourmand de la tarte, en privilégiant une pâte au bon goût salé de sablé breton, bien beurrée, et parfumée aux zestes d’orange et au gingembre. De rendre la crème au citron, légèrement âpre en bouche, plus douce au palais, en montant les blancs, de façon à lui donner un léger côté meringué (en beaucoup moins sucré, cela dit, et donc bien meilleur, à mon avis). Enfin, d’ajouter quelques framboises, certes acides, mais plus fruitées et typées en bouche, particulièrement mises en valeur par l’ajout de poivre, fabuleux exhausteur de saveurs, s’il en est!
Résultat: une tarte dévorée, avant même que je n’ai le temps de la photographier coupée. Heureusement, il me restait quelques petits pots de cette mousse au citron juste parfaite à photographier au calme, le lendemain, après avoir nettoyé en chantonnant mes nouveaux parquets blanchis aux allures de bateau breton…
Du bonheur, je vous dis!
Comme je suis contente de lire ces lignes….la tortuga apaisée…
allez hop !! pousse toi, fais moi une place sur ce parquet tout blanchi et enfonçons nos cuillères dans la mousse citronnée aussi douce que l’écume…
je suis sûre que LE breton va rappliquer
Breton patenté, mais tenté quand même, non pas de râler, mais par la tarte ;-)) Je note toutefois ces horaires de fonctionnaire pour une prochaine fois, ne te crois pas quitte pour l’éternité. Des framboises poivrées dans une tarte meringuée au citron, une pâte sablée très beurrée, au gingembre et au zeste, comment veux-tu que j’ose me plaindre, je sais que j’adorerais! Tu ne nous a pas dit avec quel appareil tu as monté tes blancs? ;-D
@Brigitte: un peu qu’on les partage ces cuillerées, sur mon beau parquet, et même plutôt deux fois qu’une! Pour le reste, une seule réponse: wait & see!
et pour la dernière remarque: EN-FOI-RE!!
@pat cdm: je suis surprise que tu te sois senti visé, vraiment
Adieu mélancolie, bienvenue sérénité, c’est que la turtle a grandi, tout simplement, non ? Il abuse le breton, et tu l’as dit tu es sur-équipée… Très belle idée l’orange et le gingembre dans la pâte sablée !
Elle me tente beaucoup cette jolie tarte, loin de moi l’idée de me pointer au bureau des réclamations alors que tu nous présentes de jolies gourmandises à chaque billet!
Une part de ta tarte en contemplant notre ciel gris et froid … je crois être de la même lignée génétique que toi
biz !
Manuel, le fouet? Au poignet? A la régulière? Youpiiii, la Turtle a brisé ses chaînes. C’est la lutte finaaaaale…
Vraiment très forte cette Turtle! Merci d’entretenir ma gourmandise!
A te lire, j’ai presque envie de me départir de mon blues automnal!
Je préfère m’enchanter l’esprit avec les couleurs automnales plutôt que de regretter les longues journées d’été. De toute façon, il faut bien avancer !!!
Très ou moyennement acidulée, je serais toujours partante pour une si jolie tarte. Et l’inclusion de petits fruits rouges n’est pas pour me déplaire. Encore donc une jolie création de ta part !
Sinon, je m’abstiendrai de tout commentaire sur l’appareil utilisé … ;o) Bien que l’idée m’ait affleuré l’esprit … Et puis certains l’ayant fait avant moi … Ensuite, peut-être n’avait-il pas déjà intégré ta cuisine … :o)
Je m’en vais rêver de ce délice !!!
C’est bon de lire ce billet un dimanche soir et de s’imaginer dégustant cette tarte ou ces petits soufflés…
Cette tarte est un enchantement, un magnifique mélange de saveurs comme je les aime! Je note cette pâte sablée, en particulier AVEC les ingrédients facultatifs
Coucou petite turtle…
C’est d’ailleurs la toute première fois ici, dans ces “nouveaux” lieux !
Nouveaux lieux que j’ai eu l’occasion de découvrir bien avant bien sûr mais j’ai décidé de sortir de mon silence aujourd’hui… J’ai été absente un looong moment des blogs donc beaucoup de choses m’ont échappées pendant ce temps… En tout cas ca me fait plaisir d’être ici ! Et d’avoir l’impression où c’était comme avant, comme quand je te laissais des pitis mots sur ton autre blog !
J’espère en tout cas que tu vas bien Alhya ! 
Surtout que cette amoureuse, est aussi une amoureuse des framboises !! lol !
Donc… ta tarte a tout pour me plaire !
Ca doit etre un vrai délice !! Et j’imagine qu’à la dégustation ca doit etre comme un nuage !! Tout doux, tout mousseux…
Et voilà que j’ai des envies de citron et de framboises maintenant… lol ! 
C’est timidement que je viens poser ces quelques mots sur dans ton petit nid douillet gourmand…
En ce qui concerne ta recette, une amoureuse des saveurs citronnées comme moi, est forcément séduite par ta tarte !!
Miiiince !! J’ignorais que mes “clins d’oeils” fait avec mon clavier se transformeraient en smileys !! lol ! J’aurais été nettement plus discrète sinon et je me serais retenue d’en mettre autant… lol ! Oupss désolée…
ce que tu décris, ce sont bien les petits bouts qui traversent ma tête. savourer, presque sans s’en rendre compte, ces petites choses précieuses, ces instants discrets qui font des pepites de bonheur. je ne viens pas souvent chez toi, mais j’y retrouve à chaque fois quelque chose qui me parle, là, au tout profond, de ce que je ne dis pas. merci…
Je sais pas si elle a sa place dans ton ipod, mais Lynda Lemay dit “dans mon jeune temps - expression qui casse un peu la poésie au demeurant ” je savais pas ce que voulait dire mélancolie, je croyais qu’il y avait des mots comme ça, qui étaient là juste pour faire joli”…
Je sais pas si elle a sa place dans ton ipod, mais Lynda Lemay dit “dans mon jeune temps - expression qui casse un peu la poésie au demeurant ” je savais pas ce que voulait dire mélancolie, je croyais qu’il y avait des mots comme ça, qui étaient là juste pour faire joli”…
@Tiuscha: tu fais bien de me le faire remarquer, je compte bien lui vendre cette aspect irrésistible de mes (ô combien nombreuses) qualités!
merci beaucoup!
@Marion: tu sais, je suis devenue méfiante avec le temps, mdr
@Flo, c’est sûrement une lignée de qualité, alors!
@Estèbe: filez en vacances et cessez donc de vous moquer, voulez vous?!
@Ophélie, tout le plaisir est pour moi!
@Flo Bretzel, comme dirait ce bon Estèbe, brisons nos chaînes!
@Annellénor, tout juste, une fois de plus, il n’était pas encore des miens, mais il n’empêche que pour réaliser cette petite tarte, les mains sont toutes aussi efficaces! bien contente que ça t’ait plu, en tous les cas, et merci pour ce bien joli commentaire!
@Bergeou, me voici comblée alors!
@Chantal 33, tu as parfaitement raison, les ingrédients facultatifs ne le sont.. que moyennement, si l’on souhaite une vraie explosion de saveurs en bouche!
@Florianna, que te dire, à part que je suis un poil émue de te retrouver par ici, dans ma bien modeste demeure :D, et touchée que tu aies pris le temps de me le signifier, vraiment! à très vite, alors!
@Les chéchés, venant de toi, pareille déclaration me fait sourire jusqu’aux oreilles de plaisir! un grand merci pour ce beau compliment!
@Cocotte, oh Linda Lemay, voilà qui a joliment remplacé fût un temps Jane dans mes oreilles, et tu fais trop bien de me rappeler cette jolie chanson!
Voilà, je me suis installée confortablement avec un bon café pour lire attentivement ton billet.
Et dire que je suis encore restée au walkman, mes filles se moquent de leur mère. 30 ans est un bel âge…
Comme Patrick, je n’ai aucune réclamation à faire sur cette tarte citronnée. Just perfect
Bises
E’ stato molto bello leggere il tuo post.
Sarà il mio amore per la Francia (ed in particolare per la Bretagna), sarà per quanto mi rispecchio in tante delle cose che scrivi e nel modo in cui le scrivi… sarà che ti voglio bene, anche se non ti conosco, di quel bene così particolare che unisce a volte le persone lontane…
Mi ha fatto felice leggere di questo tuo lampo di felicità autunnale!
E… la tua torta sarà fatta!
Sicurissimamente (il burro salato è SEMPRE nel mio frigo)!
nasinasi
p.s. Chissà se puoi aiutarmi… ho trovato la confettura di rabarbaro (che in italia NON si trova MAI)… avresti una bella ricetta Made in Francia?
Grazieeeeeee
Heureusement, il y a encore des bretons patentés raisonnés qui n’oseraient se montrer pas tentés par cette merveille. Pour ma part, je me vois bien finir par cette pâte hantée
Je suis en dehors des horaires mais tant pis, je réclame quand même qu’un jour tu nous sortes une de tes merveilles en “sans gluten”. Bises
Moi aussi je n’ai aucune réclamation à faire concernant cette tarte, je suis même certaine qu’elle m’aiderais à guérir du gros rhume qui me gâche la vie depuis quelques jours;
Ca fait du bien de te lire.
Le bonheur de te lire, de sentir cette mélancolie apaisée, j’aime !!!
Bises
Si elle plaît même aux non-adeptes de la tarte au citron (que moi j’apprécie à sa juste valeur), je m’en vais tenter le coup!
Bises
Je suis accro de la tarte au citron mais… la seule à la maison ; alors peut-être que framboisée…
Comment ça ?! Octobre ? Mais c’est le plus beau mois de l’année ! Fête-le comme il se doit, coiffe-le de couleurs orangées et laisse tes rêves s’embraser aux soleils de l’automne. La passion triste n’est plus.
Bonjour !
J’ai rénové mon blog culinaire http://cuisinedejustine.canalblog.com ! Viens donc y faire un tour ! Je ne sais pas si tu le connaissais déjà. Pour ma part, je suis une lectrice assidue de ton blog et je l’ai bien entendu classé dans mon index des blogs favoris. Acceptes-tu d’en faire de même avec le mien, si tu l’apprécies, bien sûr !!
A bientôt!!
Troque, troque ! j’adore ces moments d’introspection chez toi … Ils donnent en général lieu à de délicieuses recettes … Encore une fois, cela se vérifie ! ;o)) De grosses bises en ce deuxième jour de novembre
A bientôt
Hélène
Oh miam… de l’acidulé, j’adore !! A la recherche de quelque chose de citronné pour l’anni de ma fille, je vais garder ta recette dans mes favoris, elle me tente bien !
Quel plaisir de retrouver le chemin de ton blog, de lire ton billet et de te piquer ta recette !
Je vais essayer de revenir plus souvent …….c’est délicieux à souhait !
Bises
Michèle
bravo