Est-ce de ma faute si tous mes souvenirs sont rythmés? Si une musique insidieuse est automatiquement associée à un moment, et si tous mes voyages ont une ritournelle?
L’Egypte et son « Inch’allah ». L’Arménie et son « c’est pas pire » entre rire et ironie. J’attendais celle de Londres. Et je l’ai su tout de suite quand elle a pointé le bout de son nez. Ce serait celle-là, même si je n’en voulais pas. Mais c’est comme ça, avec les ritournelles, je ne les choisis pas. Elles s’imposent à moi, et tambourinent à mon oreille dès que je repense au voyage.
« London, Baby, London ».
Attendez, j’oublie une étape. Vous ai-je dit que j’étais partie quelques jours à Londres la semaine dernière ? Voilà, c’était ça…
Londres juste avant Noël. Londres et ses grandes rues éclairées par les magasins. Londres et ses pubs enguirlandés. Londres et ses londoniens. Londres et Harrod’s. Et bien sûr, Notting Hill et Hugh Grant. Il fallait quand même que j’aille voir ça de plus près, non? C’est vrai, en plus, ne pas connaître Big Ben à 29 ans, ça la fichait mal, et me donnait un motif ô combien légitime de faire un léger détour par Carnaby Street, Isn’t it?
« London, Baby, London ».
Pour être tout à fait honnête, j’ai pris mes cliques et mes claques sans trop me demander si c’était raisonnable ou pas. Juste par envie. Il n’avait qu’à pas le lancer son « London, Baby, London », avec cet air de « t’es pas cap ». Parce que moi, au jeu du « t’es pas cap », je l’ai toujours été. Oui, esprit de contradiction et provocation me collent à la peau.
Bref, en moins de temps qu’il n’en aurait fallu pour réfléchir au coût de la vie londonienne, j’embarquais déjà par Easy Jet via Stansted, parce que c’est beaucoup plus drôle -et instructif- de faire deux heures d’easybus à l’arrivée, et que certes timbrée, mais pas très fortunée la Turtle !
Ensuite, je me souviens de l’impatience grandissante des derniers mètres, ces quelques trop longues minutes à marcher dans la grande rue toute de porches blancs bordée, jusqu’à la petite auberge de jeunesse à Victoria Station. La « Youth & Student House » avec ses grands canapés accueillants, recouverts de plaids ne tenant pas en place, peu aidés, il faut dire, par les postérieurs des quelques filles isolées surfant sur leur I book grâce au wifi ou des gars partageant virilement quelques pintes en cannette, pour deviser plus aisément sur la vie, à toute heure du jour ou de la nuit, sous l’œil bienveillant du « welcome » rouge, découpé en grandes lettres très séventies surmontant la console de l’accueil. Puis l’escalier, la porte de la chambre ouvrant sur 9 mètres carrés -tout au plus bien- occupés par 3 lits superposés en fer rouge, 6 casiers pour ranger les affaires sous chacun d’eux, et un lavabo similaire à ceux des cellules de Prison Break, fonctionnel ! Et moi, dès la première seconde, j’ai su que j’allais tout adorer. « London, Baby, London »
Parce que partager mon lit superposé avec une sorte de Chubaka jouant, très concentré, à sa Game Boy, écouteurs sur les oreilles à partir de 21 heures, surplombant de ses quatre vingt dix kilos à vue d’œil ma couchette, et nous faisant partager généreusement toutes les nuits ses ronflements à intervalles irréguliers, me tenir à 75 cm à peine d’un frère légitime de Yoko Tsuno se réveillant tous les matins à 5 heures pétantes, pour passer alors 45 minutes à ziper et déziper tout ce qui comportait un zip dans ses affaires, tandis qu’Hansel et Gretel dormaient comme des bienheureuses jusqu’à 10 heures le matin, j’ai trouvé ça bourré de charme. Parce que jouer les Mc Gyver équilibristes dès le réveil dans la douche commune livrée avec seulement deux petits crochets pour sauver ses affaires des eaux, partager les grandes tablées du p’tit déj dans la cuisine du sous-sol où trônent les pots de Peanut butter et de nutella, les distributeurs de céréales et les bocaux remplis de « digestive« , autour d’un café aussi délavé que le jean de mes quinze ans, en entendant parler toutes les langues, j’ai trouvé ça exaltant. Question d’état d’esprit sûrement, moi, ça m’a donné des ailes.
Et il en fallait pour parcourir les dizaines de kilomètres qui m’ont permis de découvrir aux côtés d’un Twist très motivé, il faut le dire, tout le West end, une bonne partie du South London et une petite partie du North London.
Le premier matin, encore ensuquée d’avoir plongé dans les nimbes du sommeil dans une ambiance surchauffée par autant de dormeurs au mètre carré, j’ai été surprise par le froid piquant et humide sur mon visage, claque fantomatique me forçant à nicher au maximum mon menton bien au chaud dans ma grosse écharpe, à glisser rapidement mes poings dans mes immenses poches de manteau, et à avancer en remontant les épaules en faible bouclier contre le froid.
Mais il faut bien dire que, bien plus que le froid, dès les toutes premières minutes, Londres m’a envahie.
Riche, spontanée, vivante, bruyante, vibrante, sombre et belle, toute en rouge et noir.
Une fois les portes de Hyde park franchies, la beauté de cette nature verte et grise, prise dans son halo de brume, m’a à son tour envoûtée. Amortissant les bruits de nos pas, cette dernière me donnait l’impression de naviguer non seulement à pied, mais encore à vue, seuls, dans ce parc immense que nous allions emprunter plusieurs fois par jour pour rejoindre le centre du West End, Oxford Circus et Picadilly.
Nuée de corps et de conversations, immersion en langue anglaise, me donnant l’impression de replonger dans les rues New yorkaises de mes 17 ans, le supplément d’histoire et d’âme en plus.
Observer, sans en perdre une miette, la vie qui foisonne partout. Du haut des buildings en passant par les gens que je croise. Mitrailler, comptant juste sur l’attention de Twist, chargé de ne pas me semer dans la foule qui me roule telle la vague charrie les galets un jour de grande marrée.
Nous déambulons ainsi des heures durant dans les rues où les gens s’affairent, sacs immenses à la main, et portables accrochés à l’oreille dans les sirènes hurlantes d’une police omniprésente. Mon œil s’accroche partout, surtout lorsqu’Oxford Street offre encore quelques étals de fruits et légumes, perdus au milieu de la foule des grandes enseignes.
Il croise parfois quelques regards tristes ou pensifs, dans la foule des pressés, lesquels me font soudainement réaliser qu’il est largement temps de foncer boire un thé bouillant, alors que le jour commence à décliner tandis que ma montre ne marque que 15h30 et avant qu’il ne soit déjà l’heure de photographier une ville qui va doucement s’illuminer… (to be continued…!)
Et en parlant de thé…. Que diriez vous pour aujourd’hui d’une recette toute simple au bout goût de mes petits déjeuners anglais? Parce que, sans pouvoir dévaliser toutes les victuailles croisées dans les immenses supermarchés que mes petites jambes ont arpenté, j’ai bien évidemment pensé à ramener quelques généreux pots de peanut butter… Ne restait plus qu’à trouver une petite recette simple, susceptible de me conduire tout droit dans la cuisine en sous-sol de la Youth & Student House de Victoria Station… Au détour de mes furetages sur internet, mon attention s’attarde sur quelques recettes…cookies aux pépites de chocolat, crèmes au peanut butter, mais non, celles-ci sont beaucoup trop sophistiquées… Et si j’avais simplement envie de bons Crunchy Peanut Butter Shortbread … Et en voiture Simone !
Ingrédients: Pour 24 à 36 sablés, selon la taille de vos moules
Marche à suivre:
Bilan des courses :
J’ai fait ces sablés quelques jours à peine après être rentrée, donc, pour satisfaire cette brusque envie de retrouver le petit goût de peanut butter du matin, à défaut de pouvoir à nouveau déambuler dans les rues londoniennes, sans autre perspective que de me faire plaisir à contempler et découvrir … Je les voulais « brutes », parce que j’avais là bas à plusieurs reprises dévoré quelques digestives (ces gâteaux anglais sans autre pareil…) avec une petite noisette de peanut butter. Et bien, croyez moi si vous le voulez, ces petits sablés ont parfaitement remplis leur office!
Très croquants, ils ont une texture bien sablée, comme je l’aime. De prime abord, ils déroutent les papilles, ne semblant être que de simples petits sablés au bon goût de beurre salé. Mais c’est alors qu’arrive en bouche la note attendue, cette saveur riche, unique et généreuse du peanut butter, s’affirmant progressivement, savamment dynamisée par les petits éclats de noisette du crunchy peanut butter, pour donner un furieux goût de reviens-y, tentant le testeur patenté! Un p’tit bonheur à manger sans modération à l’heure du thé, car le tea time, my god, c’est sacré!
Maman, j’ai l’impression de y re-être (du verbe re-être oui). Vivement la suite!
ah, si je savais parlé anglais (bouh, la honte
) je filerai illico découvrir cette ville!
ah, cette turtle … quel talent pour évoquer avec tant de sensibilité ce qu’elle vit ! pas étonnant qu’elle soit la sœur d’une écrivaine. Il doit y avoir un gène, sans doute aidé par le vécu familial… sans donne vraiment envie d’y retourner à London, on s’y croit. Merci
Ah! londres, j’aimerais tellement y aller , un jour sûrement…
je veux y retourneeeeer ! trop marrant, on retrouve l’ambiance londonienne d’il y a … 7 ans … gloups ;o)
pour la recette, je valide, ils étaient cro cro bons !
J’y étais pendant une semaine l’an dernier, à la même période que toi (sauf qu’on est rentrées le 24 décembre
, du coup j’ai le blues de Londres ces temps-ci et je sens qu’un petit saut là-bas va être programmé d’ici peu…
Joyeux Noël
Elle est impressionnante ta capacité à t’approprier les espaces que tu découvres, et magnifique la façon dont tu sais nous les restituer en images et en mots, de l’ensemble aux détails, y compris ceux du quotidien; quelle belle promenade, baby you can drive my car
Je me retrouve avec les premières impressions que j’ai eues de cette ville, souvent arpentée depuis, tant pour le business que pour le fun, mes dernières pérénigrations m’ont mené de Waterloo à Grosvenor où nous avons des bureaux, traversant ce même graphique et romantique St James Park.
Tu en reviens avec des sablés non pas bretons, mais grand-bretons, qui oserait dire que tu perds du temps en musant?
Je ne connais pas, mais tu donnes envie d’y aller..
Londres avant Noël, c’était l’année dernière, pour moi. C’était superbe ! Les étangs de Hyde Park étaient gelés au petit matin, je me souviens … Tiens, je file regarder mon billet de cette époque. Le tien m’a rappelé de trop bons moments ! ;o)
Grosses bises et, surtout, de très belles fêtes de fin d’année
A bientôt
Hélène
j’adore cette ville mais je n’y vais jamais…ou presque. Très joli récit que voila, cela fait toujours plaisir de te lire. Alors encore bonnes fêtes! biz
C’est curieux et tu as raisons les villes sont souvent des chansons et pour moi Londres à toujours été accompagné par le London Burning du Clash… il faut dire que j’ai eu la chance de l’entendre là-bas par le Clash lui-même à l’époque ou Londres brûlait… ça ne me rajeuni pas tout ça ! Par contre ce qui me met en joie c’est de retrouver tes mot racontant une des villes que j’ai le plus aimé au monde… d’ailleurs il faudrait que j’y retourne, ta visite virtuelle m’en donne sacrément envie !
Londres dégage une atmosphère si particulière, si victorienne…J’aime beaucoup cette ville.
Je te souhaite également une excellente fin d’année.
Je t’embrasse
Hélène
Très bon choix pour les fêtes, je ne me lasse pas de Londres!
Très bonne année à toi et de gros bisous!
Bien écrit article! Bonnes gourmandises!
Tu la décris si bien cette ville magnifique …
Moi j’ai fait des cupcakes sitôt rentrée … un petit goût de souvenir … une grande envie de « reviens-y » !!!
Tes photos de Londres (part I et II) sont absolument sublimes ! ma dernière incursion londonienne est très récente (décembre 2007), mais ça donne quand même envie d’y retourner…
J’en connais à la maison qui vont se jetter dessus, on a hâte de retourner se promener dans la campagne anglaise et « puber »!