C’est une évidence, plus les années passent, plus les retours sont durs. Une semaine que je suis rentrée, et que je reste là, immobile ou presque, à observer la bête, à la jauger, à nouveau terrorisée, me demandant par quel angle je vais pouvoir la (re)prendre.


Tout en sachant que c’était prendre le risque d’un retour délicat, j’avais opté pour 8 jours de vacances puis 8 jours de travail en terre bretonne, afin de tenter de me requinquer en prévision du dernier effort. Pourtant, une fois confortablement installée dans la voiture, pendant que les 9 longues heures de la route-pélerinage s’égrainaient, la Turtle, frémissante de pouvoir enfin s’aérer l’esprit, répétait inlassablement en mon for intérieur que 2 semaines de relâche s’imposaient, après 5 ans de travail quasi ininterrompu, et au diable la culpabilité !
Je revois la tête de mon père, découvrant dans le fatras de douze valises (
la Bretagne a cela de bien qu’elle vous permet d’aérer d’un coup d’un seul vos affaires d’été et d’hiver, et d’alterner les deux gardes robes en un temps record, ce qui exige un minimum de valises, quoi qu’en disent les hommes de ma famille! ), un énorme sac, rempli de 50 kg de bouquins et notes manuscrites. Et celle, lorsqu’il su, après s’être démis l’épaule à le porter, que tout compte fait, celui-ci ne connaitrait de la Bretagne que le chemin allant du coffre au placard, et inversement! Mort de rire derrière ses jérémiades, content comme tout de voir que je lâchais enfin, et commençant déjà à négocier la date du départ, deux semaines ne faisant selon lui que 14 jours et pas 15…
Alors, et cette Bretagne?
Inchangée, et pourtant différente, elle m’attendait patiemment.


Dès les premiers instants, elle m’a emportée, au fil des vagues, me faisant frôler du doigt les grains, splendides, à l’horizon.

Remonter sur le
Stolvezen, en dépit de l’orage menaçant, sans remettre jamais en cause la capacité de la Bretagne à surprendre le bienheureux d’une éclaircie

Sentir la vague, réapprendre les nuances iodées de l’air et les palettes de bleu, de gris et de vert, qu’elle seule sait mettre ainsi en valeur. Apercevoir la risée, brossant l’eau au loin

Sous un ciel lourd de nuages et de nuances

Retrouver, dans la pénombre, certains points de repères

Etre récompensée de quelques rayons de soleil, faisant ressortir d’un coup les tâches de rousseur dissimulées par l’hiver


M’échouer de longues heures, au milieu d’îles désertées par les touristes, que nous prenions d’assaut.


Arpenter les sentiers de ma Bretagne, de mes Pink Stones familières…
Phare de Ploumanach, Côtes d’Armor
Trébeurden, Côtes d’Armor
L’île Grande, Trébeurden, Côtes d’Armor
… aux Black Stones, aimées par d’autres âmes-soeurs bretonnes, mon chemin me conduisant enfin en certains havres de paix.

Instant hors du temps, bouffée d’oxygène au milieu des tempêtes qui s’acharnaient parfois à exploser, en dépit de la trève estivale.
Phare de l’île Vierge, Finistère
Les abers, Finistère

J’ai ainsi redécouvert, jour après jour, les bienfaits de celle qui m’accueille toujours, sous un ciel sombre ou un rayon bienfaisant dont je savoure chaque seconde, rendu seulement meilleur par sa rareté.
Eclaircie sur quelque chemin du Finistère, près de Lannilis, face au Phare de l’île Vierge

J’ai réappris à boire du regard cette côte, que je trouve si émouvante lorsqu’elle se livre, tout en dénuement et reflets
Baie de St Michel-en-grèves, Côtes d’Armor


Cette mer qui laisse ses bateaux orphelins d’eau, quelques heures, échoués sur le sable.
Port de l’île de Batz, marée basse

Je suis repassée par quelques coins découverts l’an passé avec mon père, y conduisant ceux qui nous accompagnaient cette année pour ce périple breton et familial.
Port de Roscoff, Finistère

Cale de l’Ile de Batz, Finistère


J’ai respiré, à grands poumons, en marchant sur la grève, couru dans des bains de vagues énormes, chariant sable et algues, avec Grand Yo, ma Ratatouille et ma P’tite Caille, dès que le soleil pointait un rayon, et même sous les averses soudaines, lesquelles me forçaient à me tremper plus vite encore dans une eau à 18 degrés. J’ai pêché la crevette de nuit, sous un crachin à geler jusqu’à l’os une turtle, même habituée à cet exercice et aux intempéries bretonnes, et faisant de la perspective d’une douche chaude prise dès l’arrivée le summum des bonheurs et la seule des pensées se frayant un chemin dans le froid. Et j’ai posé mon fardeau, enfin.
J’ai rouvert les yeux et repris le temps de contempler ce que l’on oublie trop vite de regarder.

J’ai savouré chaque instant.





Phare de l’Ile de Batz, Finistère

Port de Roscoff, Finistère

J’aurais aimé que ces jours s’étirent encore et encore, tant ils m’ont paru courts, tellement insuffisants pour me permettre de me relancer dans la bataille, fraîche et pleine d’énergie. Les larmes m’ont noué la gorge lorsqu’il a fallu refaire cette valise que je ne voulais plus remplir, plier le maillot et la serviette, ranger les bottes et le ciré… Je n’ai pas voulu croiser le regard de mon père, lorsqu’il a fallu allumer le moteur et fermer la portière.
Une chose est sûre, en tous cas, quinze jours constituaient un minimum …
Trébeurden, Côtes d’Armor


Et cette promesse faite à moi-même en regardant le bitume noir et blanc défiler le front collé à la fenêtre : je ne serai plus la même, l’an prochain. Quand je reviendrai taper dans le dos de mes amis de vacances, ces amis de quinze ans, qui m’ont vu évoluer et grandir en raccourci, -les retrouvailles annuelles créant cette drôle d’impression « d’avance rapide sur images » ( tiens, tu es mariée? tiens, tu es enceinte? tiens, tu as accouché? )-, je l’aurai vaincue.

Quoi de mieux pour se ressourcer que de retourner aux sources… Une évidence, certes. Tu es aussi navigatrice alors ?
Ces photos sont magnifiques, je sens déjà l’iode dans les poumons.
Pour ma part, la thèse est bien restée attachée à mon mollet tout l’été. Sure que j’aurais aimé la lâcher quelques temps (au fond de l’océan
…
Bonne reprise.. et dernière ligne droite si j’ai bien suivi les épisodes précédents !
Ame-soeur toi même!
J’aime toujours autant ta façon de parler de la Bretagne, et bien plus quand tu y es! Il est des personnes faites pour certains endroits, et l’inverse n’est pas moins vrai, comme une respiration mutuelle.
Tu as décidé de nous mettre au régime? Je vais devoir aller chercher quelques ormeaux en face du phare de l’île Vierge (et non pas « de la Vierge », touriste!), il est vrai cela dit que tes photos nourrissent bien l’âme-frère
C’est bien toi qui en parle le mieux !! Bientôt tu reviendras et tu ne seras même plus obliger de mettre le gros sac dans la voiture !! Biz
Un immense bonheur… Une tristesse oppressante.. Une culpabilité naissante…
J’en viens à me demander quel sentiment prédomine sur les autres… Difficile, très difficile à dire, sans doute parce que tous (et même plus) se mêle intimement dans mon esprit.
Ta plume glisse délicatement… laissant transparaître cet état d’âme dans lequel tu es plongée.
Ces mots, juste posés, à peine gravés, prennent vie et offre une existence aux émotions… Les tiennes… Les miennes… Les nôtres…
Je ne suis allée qu’une seule fois en Bretagne, et c’était il y a quelques années maintenant (j’étais encore une gamine lol ^^ comment ça je le suis encore xD).
J’en garde un souvenir exceptionnel, d’autant que je l’ai sillonnée à cheval, le seul être qui aie alors partagé et supporté avec douceur mes sentiments, ô combien nombreux…
Merci de m’avoir rappelé ce bonheur, si violent, puissant et pourtant tellement éphémère…
Ta thèse est le résultat d’années de travail, de mises à côté, de réflexions sur un sujet, toi, le monde… Au delà d’un simple « travail scolaire », c’est un peu la conclusion de toute une partie de ta vie, et les angoisses en sont malgré tout l’un des moteurs qui permet d’avancer. Un tournant s’opère au fil du temps qui passe, mais chaque grain qui tombe dans le sablier te rapproche de la fin…
Une Finalité sonnant comme une fatalité? Non, un retour à la vie, une renaissance, une métempsychose ? Je te souhaite de vaincre cette dernière étape, même si je ne me fais pas de soucis
cette victoire c’est tout le mal que l’on te souhaite…bon retour sur lyon
kashyle
Quel beau billet, assurément! que d’émotions, je connais tous ces endroits: colos, famille bretonne… bref la bretagne est toujours celle que l’on attend pas! Courage,
Lisanka
Douze valises, comme on dit, tu ne prends pas la mer sans biscuits!
Bon retour sur la terre ferme et bon dimanche.
ce récit donne mille fois mieux envie d’aller en Bretagne que n’importe quel dépliant touristique : on sent l’amour chez toi
je connais un peu la côte de granit rose , j’ai bien envie de découvrir mieux les abers , je crois qu’il y a de belles randonnées à faire
belle note
je ne connais pas du tout la Bretagne, mais là tu me donnes plus qu’envie. content de te relire aussi
biz et bon retour parmi nous
tu as bien fait de t’accorder deux semaines ! Il fallait bien ça après tout l’investissement-travail de l’année, et pour repartir de bon pied (photos magnifiques, whouahou)
bon retour même s’il n’est pas facile ! Et à très bientôt !
! Je t’embrasse.
hello la belle et bien ce fut un beau sejour moi aussi je suis de retour sur lyon…avec j’espere plein de supers projets…on se phone on se voit , et plein de bisous d’amour a toi …
On dirais un poème…
Et Oui quel belle Bretagne!
il y a deux semaine j’était à l’ile de batz pour respirer l’air pure °0°o0°O°O°oo°°
moi je suis de brest même( comme on dit ici).
Tu es venue voir les bateaux de Brest 2008 ?
ah, ces photos et ces textes que tu nous offres toujours…
Allez, courage, bientôt la fin !
Je crois revoir l’Ecosse et le pays de Galles. Il faut absolument que mes filles découvrent cette belle région. De quoi recharger les batteries pour la rentrée.
Bises
Hélène
Quelle belle histoire pour accompagner ces belles photos, un retour aux sources virtuel après un week-end bien réel basé à Morlaix…
Si j’ai bien compris tu écris une thèse, je te souhaite beaucoup de courage pour la suite et j’espère à bientôt.
Ton billet me donne des frissons !! j’aime cette région qui est aussi la mienne, tu es passée pas très loin de chez moi ! tes clichés sont magnifiques ! bonne continuation
Je me disais bien en voyant tes photos que c’était l’Ile de Batz.J’ai presque les même clichés de cette petite merveille paradisiaque..Tu sais que Michel Fugain y habite pour ses vacances et on l’a vu prendre les journaux…( il a bien raison d’y vivre, c’est moins paillettes que la côte )J’ai adorée la Bretagne et on pense y aller de nouveau…bravo pour ce clin d’oeil du voyage extraordinaire que tu nous offres de ta générosité…à bientôt.
ah ! la culpabilité de ces petites pauses après une longue période ininterrompue d’activité… ça te fait une treizième valise que tu vas oublier au fur et à mesure…
bon c’est pas le tou mais quand est-ce que l’on va naviguer ensemble ?
Palpitante, la soirée diapo!
Et bien te voilà ressourcée… Merci de ces superbes photos, séquence nostalgie pour moi, c’était lété dernier… J’ai beaucoup aimé la Bretagne en général et Roscoff en particulier… Bon courage !
Tes photos sont sublimes!!! Bon courage pour ta dernière ligne droite…à l’année prochaine peut être
Comme tu racontes bien la Bretagne ! Photos superbes !
elles sont magnifiques tes photos!!!!
bon dimanche
Magnifique!
Tu me rappelles de bien jolis souvenirs…
Bises.
j’en reviens ! itinéraire identique, même ressenti. Un vrai bonheur de découvrir les Abers, la côte de granit rose, la presqu’île de Plougrescant : c’est superbe !
Comment ne pas se rendre en Bretagne après un tel billet?
Magnifique récit, magnifiques photos…
Elle est si belle notre Bretagne…
Je me suis laissée emporter par ton si beau voyage, merci.
Merci pour ces belles photos ! La Bretagne me manque grâce à toi…
J’y retourne à Noël, j’espère…
de vraies vacances pleines d’émotions ! ça recharge les batteries malgré la souffrance que ça engendre …
la vie n’est faite que de deuil , c’est pour mieux repartir , se lancer de nouveaux défis , se dépasser pour savourer encore plus la prochaine fois ces instants magiques , qui , s’ils étaient éternels , perdraient de leur charme
courage ma biche !
bisous
Comme ton texte est bien touchant : il égaye et illustre à merveille tes photos. J’aime cette Bretagne
Bon courage
tu es revenue … La Bretagne vue et racontée par la Turtle, c’est LA Bretagne. Je ne la connais que bien peu, mais en passant chez toi j’ai l’impression que les embruns m’enveloppent et m’emportent là où tout a commencé…Merci. BIz
quelle belle histoire tu as raconté tes photos sont en plus superbes !
bon courage pour ta reprise ! je sais il en faut !
Oh my god! Que c’est beau!
Tu es une vraie passionnée et tu arrive parfaitement à transmettre ton amour pour la bretagne.
Toujours un ravissement, malgré les foudres de dame météo. Mais c’est aussi cela notre bretagne.
Bises
tu l’aimes tellement cette bretagne, et cet amour est si bien transmis! merci!
Bon retour et…on attend tes recettes avec impatience, parce que nous, ça fait longtemps qu’on est rentrées…;-))
Anne
Je viens de découvrir ton site, avec délice… que ce soit sur le plan de la gastronomie ou de la découverte-passion de la Bretagne, avec des images à « couper le souffle »…Par curiosité, moi qui ai fait de la photo en noir et blanc avec un réflexe Canon, pourrais tu m’indiquer les références de ton appareil photo numérique; la qualité du contraste m’impressionne!!!
Merci bcp et surtt bonne continuation…dans la dégustation de tes plats et de tes photos!!
quel bonheur ces photos, plus que 4mois et 25jours avt les vacances avec ttes mes valises lol